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Y'a d'la Joie!

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Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Un océan deux mers trois continents - Wilfried N'Sondé

Publié par Caroline sur 28 Juin 2018, 13:51pm

Catégories : #Ma bibliothèque, #coups de coeur

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Dom Antonio Manuel, né au royaume du Kongo à la fin du 16ème siècle, de son vrai nom Nsaku Ne Vunda, est envoyé par son roi, Alvaro II, comme ambassadeur auprès du Pape Clément VIII (et à la demande de ce dernier). Le souverain souhaite que Dom Antonio plaide la cause des esclaves. Pas le temps de se retourner, de dire au revoir à ses parents et sa paroisse (l’homme est prêtre) dans la campagne. Le voilà qui embarque sur Le Vent paraclet, un bateau hissant pavillon à fleur de lys. Mais ce qu’il découvre, c’est que le bateau en question ne part pas directement pour l’Europe, mais d’abord pour le Brésil avec son terrible chargement : des esclaves. Esclaves fournis par le roi Alvaro, ses dignitaires et autres commerçants Bakongos eux-mêmes.

S’ensuit pour Nsaku Ne Vunda, notre narrateur, un voyage en enfer … Les sévices sur les esclaves, les marins quasiment réduits en esclavage eux aussi. Le Brésil et la vente des esclaves, puis les pirates, avant l’arrivée en Europe qui est loin d’être le paradis de la foi qu’il s’imaginait. Heureusement pour lui, il rencontre Martin, tout jeune matelot, ilot de lumière et de bienveillance dans l’ignominie ambiante, avec qui il se liera d’une belle amitié.

Tiré d’une histoire vraie, Un océan deux mers trois continents est une lecture éprouvante, instructive pour qui n’a pas vu l’excellent documentaire Les routes de l’esclavages (toujours visible sur Arte.tv). La plume de Wilfried N’Sondé, que je découvre avec ce roman ayant obtenu le prix des Libraires – France Bleu, réussit la gageure d’être à la fois poétique et sèche. N’Sondé décrit sans fioritures, sans détails inutilement glauques (la vérité historique se suffit à elle-même), la réalité des conditions inhumaines de l’esclavage, la vie sur un bateau pendant des mois. Surtout, ce récit terrible a des échos dans notre actualité : l’exploitation des uns par les autres, l’appât du gain, du luxe plus fort que tout. Parce que ce bateau, c’est le capitalisme en minuscule, pour reprendre les termes de l’auteur lors d’une interview : une minorité (le capitaine, l’armateur, l’acheteur des esclaves) s’enrichit en exploitant une centaine de personnes (300 esclaves et 100 matelots).

Un océan deux mers trois continents emmène les lecteurs aux frontières de la barbarie « ordinaire » d’une époque sauvage… mais finalement l’est-elle beaucoup plus que la nôtre, avec nos jolis smartphones, notre industrialisation massive de toutes les ressources y compris humaines ?

Je doutais de m’attacher à ce personnage très croyant, moi qui ne le suis absolument pas, et pourtant, malgré quelques envolées « lyriques » sur la foi, Dom Antonio/Nsaku Ne Vunda m’a beaucoup émue. Je redoutais aussi ces pages pour ainsi dire totalement dépourvues de dialogues, et pourtant l’écriture de Wilfried N’Sondé m’a transportée cinq siècles en arrière, m’a arrimée à cette épopée tragique d’un homme qui veut croire en dépit des horreurs qu’il découvre. Croire en Dieu, croire en l’homme aussi. Croire que l'on peut, à son niveau, trouver et créer le Beau. 

Autant vous dire que je suis impatiente de rencontrer et interviewer demain Wilfried N'Sondé sur France Bleu Occitanie à l'occasion de sa venue au festival le Marathon des Mots.

Pour ceux qui auraient l'opportunité de se déplacer sur Toulouse et voudraient voir l'auteur voici son programme:

Vendredi 29 juin:

Projection de l’épisode 2 de la série documentaire Les routes de l’esclavage (Pour tout l’or du monde) de Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant à l'Espace Diversités et Laïcité lecture du roman de Wilfried N’Sondé

Samedi 30 juin:

10h00 – Hôtel Dumay. Café, croissant : rencontre avec Wilfried N’Sondé et Nael Elthouky.

14h30 – Librairie Ombres Blanches. Rencontre avec Wilfried N’Sondé (Un océan, deux mers, trois continents).

16h30 – Centre culturel Bellegarde. Marianne et le garçon noir : rencontre avec Wilfried N’Sondé.

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A
Tu me donnes bien envie de le lire, malgré son côté barbare.
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C
c'est vrai que c'est barbare, et par moment on est découragé par l'être humain...mais cela reste un livre lumineux.
A
La conclusion de ton billet a fini de me convaincre (j'avais également peur de l'aspect religieux). Je devrais donc certainement faire le voyage d'ici la rentrée.
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C
oui, quand j'ai vu que c'était un prêtre je n'étais pas hyper motivée, mais ça n'est absolument pas un livre prosélyte ou débordant de religiosité. Plutôt d'humanisme.
S
J'espère pouvoir lire ce roman cet été, tout à fait dans les thèmes qui m'intéressent.
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C
C'est vraiment passionnant!

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