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Philippe Besson trace un sillon très autobiographique depuis quelques romans. Celui-ci ne fait pas exception à la règle puisqu’il part sur les traces d’un secret de famille tu pendant des décennies. Dans les années 1960, ses grands-parents se sont séparés, et Gaby, la grand-mère décréta une omerta totale sur l’évènement et sur l’existence même de son ex-époux, père de ses filles.
Ce n’est qu’à la fin de sa vie que sa mère acceptant d’en parler avec Philippe Besson. Du grand-père, avant cela, on ne parlerait jamais, il était considéré comme mort.
Le grand-père de Besson était prof d’italien dans un établissement à Nice, la mère travaillait à la Poste. Ils avaient deux filles avec un écart d’âge assez prononcé, l’aînée étant la mère de Besson. Un été, ils partent dans un village non loin de Florence dans une petite pension tenue par une dame prénommée Sophia, secondée par Graziella au ménage et Sandro qui fait des miracles en cuisine. Dans cette pension séjournent aussi un peintre, un couple d’Italiens, des Belges.
Besson l’explique lui-même en début de livre, une partie de ce que nous lirons est véridique, il le tient notamment de sa mère, le reste est romancé, il imagine, il élabore des théories.
Quoi qu’il en soit, ce fameux été du milieu des années 1960, le grand-père, Paul, va faire un choix : vivre selon sa véritable nature, être enfin lui-même. Dans une société où l’homosexualité était alors un crime passible de prison, il avait vécu dans le mensonge, aimant à sa façon sa femme, encore plus ses filles, mais reniant ses envies, ses besoins, sa nature profonde. Et pendant ces vacances, alors que Paul, hasard du destin, lit le roman de Forster, Une chambre avec vue, c’est Sandro qui sera le déclencheur d’une prise de conscience, d’une révélation fondamentale et bouleversante pour le très sérieux professeur d’italien.
Une pension en Italie explore ainsi l’histoire de cet homme, ou du moins un épisode crucial de sa vie, et nous replonge dans le contexte de l’époque où aimer quelqu’un de son sexe était tabou, considéré comme une déviance valant excommunication. La décision de Paul sonnera le glas de la famille, la mère décidant de quitter Nice où ils ont leurs amis, pour la Loire, laissant derrière elle l’humiliation et la honte ressenties. Besson écrit toujours aussi bien, il nous met en immersion avec ce personnage en plein émoi sensuel, en plein bouleversement émotionnel qui doit faire un choix, qui devient rapidement une évidence. Un roman/récit touchant joliment écrit.
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