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En Argentine en 2015. deux fils narratifs : d’un côté Danilo qui va effectuer son dernier arreo (transhumance) avec ses chevaux vers l’estancia qui les achète, et où il travaillera désormais. Car la vallée du Rio Azul au coeur de laquelle dans sa famille on a été gaucho depuis des générations va être immergée par un barrage. Pour l’aider à mener les chevaux, il y a Alma, jeune femme tehuelche qui ressent manifestement beaucoup d’émotions à l’arrivée dans la vallée. Le départ se fait donc dans une certaine tension, d’autant que Danilo lui cache la présence dans sa cabane de son fils Eliseo, blessé lors d’une bagarre au couteau… contre un Européen. En parallèle, nous suivons la mise en eau du barrage par Benoît et Sandra, deux ingénieurs qui doivent surveiller que tout se passe bien. Benoît est un peu spécial : il est « amoureux » de Sandra, qui ne le lui rend pas. Il subtilise des affaires de l’ingénieure par fétichisme. Mais quand il rencontre Alma l’espace de quelques minutes, alors que celle-ci passe avec Danilo et les chevaux, c’est sur elle qu’il flashe vraiment, et cela aura des conséquences pour la suite.
Au fil des jours de cette arreo, nous découvrons petit à petit les personnages et leurs histoires, essentiellement Alma, son enfance, la lutte de son père, cacique du village, pour la sauvegarde de leur culture et de leur langue, l’histoire de Danilo, et la dureté de la vie dans au campo mais aussi sa beauté.
Agathe Portail m’a embarquée au cœur de la cordillère des Andes avec ses personnages complexes, la vie au campo, les enjeux économiques, culturels etc. Évidemment, en à peine 250 pages, elle n’a pas le temps de développer vraiment en profondeur ces thèmes, mais l’image qu’elle nous peint est suffisamment claire pour qu’on se fasse une idée. Elle s’est manifestement bien documentée pour écrire ce roman.
J’ai été émue par la vie d’Alma, celle de Danilo, et j’ai tremblé au fur et à mesure de la mise en eau qui, vous vous en doutez, ne va pas forcément bien se passer. C’est mon premier roman de cette autrice qui a un certain succès avec sa série policière, et je pense que ce ne sera pas le dernier. Elle a su m’emporter d’une plume imagée, poétique parfois, j’ai visualisé les montagnes escarpées, senti le vent violent, imaginé la beauté des paysages argentins et tant d’autres choses.
Quelques citations : Il flatte l’encolure de sa jument et songe que c’est cette génération désabusée qu’il aimerait caresser dans le sens du poil, qu’il aimerait apaiser. A 25 ans il nageait dans la félicité, avec Rosa et son fils aîné. Que s’est-il passé pour que les temps produisent des Eliseo, des Alma, des presque adultes déjà découragés, bourrés de rêves contradictoires et rongés de frustration de ne pas avoir déjà tout accompli ?
Ceux qui n’ont pas reçu assez ne peuvent pas avoir conscience de leur propre valeur. Il comprend que le chemin est long avant que le torrent dévie de son cours. Qu’Alma n’a tout simplement pas la ressource intérieure pour faire machine arrière, pour assumer l’erreur dans laquelle elle s’est entêtée si longtemps, pour renier les choix dévastateurs qui ont été les siens. Il en faut, de l’estime envers soi, pour reconnaître qu’on s’est trompé si complètement si lourdement, et croire au fond qu’on peut encore redresser la barre. Et ‘il faut s’aimer un peu, pour viser plus grand et plus haut pour soi.
Est-ce que ce trésor de l’âme qu’elle a chéri et protégé fait partie de ce qui demeure en elle une fois dispersées les cendres de son désastre intérieur ? Est-ce qu’elle abrite quelque chose dont la valeur dépasse celle de sa petite personne ?
Une très belle lecture.
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