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Une salle de classe de maternelle, une maîtresse, Mathilde, 19 enfants et un preneur d’otages du nom d’Elon Musk.
Voilà le point de départ de ce court roman de 163 pages, dévoré en une pause en bord de Garonne, quai de la Daurade, pour que Miss O. se dégourdisse les jambes. Pour sa majeure partie, ce roman se joue en quasi huis-clos, où Émile Lazo, le négociateur du GIGN installé dans une salle de classe attenante, est en conversation avec Elon. Mais s’agit-il bien de l’homme le plus riche du monde, l’homme de Tesla, SpaceX, Grok et du salut nazi à l’intronisation du Donald ?
Mais ce qui pose plus de problème à Émile, le narrateur, c’est de ne pas savoir ce que veut le preneur d’otage. Que cherche-t-il ? Ces enfants sont-ils une monnaie d’échange ? Peut-être pas, car pour « Elon » ces enfants, élevés sans écrans (c’est le concept de cette école d’une ville fictive de région parisienne) sont/seront sensément trois fois plus intelligents que le reste de la population biberonné aux écrans abêtissants. Et pour le preneur d’otages, c’est là tout l’enjeu : pour survivre l’humanité doit régresser au stade de l’animalité, mais en même temps, l’intelligence est le meilleur de l’humain. Alors ces enfants sont-ils à éliminer ou à protéger ? Lui-même ne le sait pas. Et c’est bien là tout le problème. Car sans objectif clair de la prise d’otage, difficile pour le négociateur de faire dévier « l’adversaire » de sa trajectoire, de lui offrir une porte de sortie.
A part quelques incursions du « réel », avec un Premier ministre qui pense surtout à son image ou encore la première épouse de Musk, la majeure partie du récit est consacrée au dialogue, à la négociation entre Émile et Elon. Un ping-pong intellectuel, un duel, qui je l’avoue ne m’a pas toujours passionnée – même si je tournais les pages avec l’envie d’en savoir plus.
J’ai été beaucoup plus intéressée par la fin de l’ouvrage, quand la discussion porte sur l’intérêt de l’IA et ce que nous en avons fait. Des débuts prometteurs, pleins d’espérance pour l’amélioration de l’humanité, puis la désillusion, l’appât du gain, l’abêtissement de la population qui abdique tout y compris sa capacité à débattre, à réfléchir, mais aussi ses relations personnelles (maintenant il y a des IA « amicales »), qui se vautre dans la bêtise, la vulgarité grâce aux algorithmes : est-ce notre faute à nous, sociétés, mais surtout individus ? L’exhibition permanente de notre intimité, des exercices de pilates au salon redécoré en passant par les mimiques trop « cute » de bambins d’à peine six mois… avec en corollaire un backlash terrible pour les femmes. A travers ses personnages, Clara Dupont-Monod pose de nombreuses questions, dit en creux ce qu’elle en pense, sur notre dépendance croissante à l’IA qui se trouve partout, et probablement pas pour le meilleur.
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