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Ce recueil rassemble les chroniques judiciaires écrites par Colette entre les années 1910 et la seconde guerre mondiale. Son premier fait d’armes, que l’on retrouve dans ce recueil préfacé par Frédéric Maget, directeur de la Maison de Colette, est de se trouver sur place lors du siège du garage puis de l’arrestation de la bande à Bonnot. Voilà sa carrière de chroniqueuse lancée. Dans ses chroniques, moins que des recensions verbatim des audiences, Colette s’attache à nous décrire les personnes en présence, l’ambiance. Il lui arrive bien sûr d’évoquer des passes d’armes entre avocats, quelques répliques, mais Colette, à travers ses 37 chroniques, s’attache à réfléchir à la notion de mal, de monstre. Et de s’étonner, s’effarer, se consterner qu’enfin, certains de ces monstres ressemblent à tout un chacun.
Ce n’est pas forcément le cas de Landru, dont elle suivit le procès, mais c’est bien celui d’Eugène Weidmann. On constate à la lecture de sa prose, à quel point, encore à l’époque, on pensait que le Mal pouvait se lire sur un corps, un crâne, les traits du visage. Ce qui plus d’une fois pousse Colette à s’interroger, avec une pointe d’inquiétude, sur l’apparence parfois très banale des criminels, hommes ou femmes.
Dans son récit du siège du garage où s’était réfugié Jules Bonnot, son style joue à plein pour nous faire ressentir l’ambiance, la passion de la foule.
Colette revient également sur des drames et des faits divers, comme le déraillement d’un train à Lagny en 1933 causant la mort de plus de 200 personnes. « Le sanglant chaos des wagons et des voies, çà et là semblait l’ouvrage de la malignité. Quel sadisme osait accrocher un sin à un ruban de chair comme un épouvantable yoyo à sa ficelle, et dénuder un coeur rouge, hardiesse réservée au x seules images de piété. Un train a pulvérisé un train, mais le bracelet-montre, le biberon à demi-plein de lait sont intacts ». Colette tord les boyaux de ses lecteurs, leur décrivant ici l’horreur. Dans un style remarquable, elle ausculte ses contemporains, leurs rapports aux choses comme lorsqu’elle réfléchit sur le meurtre d’une femme par sa nièce (avec le mortier familial) et digresse : « La paix n’émane pas toujours des meubles légués par des générations éteintes. Vieux habits, vieux meubles, vieux poisons ; le maléfice, c’est peut-être une pensée, un souhait homicide qui survit et qui erre en quête d’une proie vivante ».
La famille revient souvent dans ses chroniques, comme dans celles sur le procès de Violette Nozières qui tua son père, l’accusant lors de son procès, d'inceste. Si dans sa chronique, Colette ne semble pas avoir beaucoup de sympathie pour Violette Nozières, la façon dont elle décrit les discussions/interrogatoires relatifs à ce sujet, me laissent penser qu'elle la croyait.
De même la place de la femme dans la société, et les terribles contraintes auxquelles elle doit faire face sont abordées, comme dans ce texte relatif au courrier qu'elle reçoit, de femmes qui témoignent, de "belles âmes soulevées vers moi par une vague de solitude". Elle y décrit notamment une actrice de music-hall qui perdit à la naissance son enfant mort-né, alors qu'elle avait travaillé tout du long de sa grossesse, sanglant son ventre pour que personne ne s'en aperçoive. Tout ça pour une maigre pitance.
Un recueil remarquable, passionnant à lire, où l’on retrouve l’ambiance d’une époque. Un texte servi par la plume savoureuse de l’autrice. A lire !
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