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Budapest. Octobre 1956. Les cadavres, on les entassait dans des camions, à la tombée de la nuit, pour les jeter dans des fosses hâtivement creusées. Pourtant, il y avait un cadavre de trop, ce jour-là...
Un jour d'octobre 1956, alors que l'insurrection contre le joug soviétique est en cours, l'inspecteur Nemetz reçoit une certaine Madame Halmy, qui vient pour accuser son mari de vouloir la tuer. Nemetz n'y croit pas, et la femme repart. Mais le soir, alors qu'il repasse devant les quatre corps de femmes alignés dans une rue proche du commissariat et vus le matin, Nemetz en découvre un cinquième. Il reconnaît Anna Halmy. Quand il revient pour récupérer le corps : celui-ci a disparu. Lajos Nemetz va mener son enquête, tranquillement, malgré l'insurrection qui fait rage autour de lui, ou peut-être pour n'avoir pas à prendre parti, pour se garder une raison de vivre.
J'ai pris ce roman de la série noire de Gallimard pour son contexte historique : l'insurrection des Hongrois pour se défaire du joug de Moscou, trois ans après la mort de Staline. Espérant enfin pouvoir vivre librement, les habitants de Budapest, une majorité de jeunes, se soulevèrent, et du 23 octobre au 10 novembre, ils tiendront, jusqu'à être finalement écrasés par les chars.
L'enquête en elle-même n'est pas ébouriffante, mais elle donne l'occasion à l'autrice (qui avait émigré aux Etats-Unis dans les années 1930) de nous donner à connaître la situation des Hongrois entre mémoire de la collaboration avec les Nazis, et collaboration actuelle avec les Rouges, la pauvreté, les chars et les exécutions. Maria Fagyas retranscrit très bien l'ambiance, l'espoir des insurgés, des gens qui ne se battent pas mais les soutiennent, la peur des collabos, la fuite de nombre d'entre eux, les passeurs, la corruption etc. Les personnages sont intéressants, complexes.
A contrario de nombre de romans noirs de l'époque, peut-être parce qu'elle est une femme, Maria Fagyas nous épargne les clichés pénibles des femmes dans ce genre littéraire : victime, putain, mère ou vertueuse ingénue. Nous avons à faire à des personnages divers, complexes et qui nous éclaire sur la place des femmes à l'époque. Avec Nemetz, nous découvrons le caractère d'Anna Halmy, d'Alexa la maîtresse, de celui du mari/amant Zoltan, brillant médecin pétri du sens du devoir, dont on est convaincus au départ qu'il est en effet un tueur, très intelligent, il y a aussi etc. Puis on doute... Je vous laisse découvrir le fin mot de l'histoire, très émouvant. Une fin intelligente je trouve.
Un petit polar par la taille (à peine plus de 300 pages), mais grand par son passionnant contexte historique, qui me donne envie d'aller plus loin et de lire d'autres romans de l'autrice comme Le lieutenant du diable qui semble être aussi de grande qualité. On est très proche du coup de coeur.
Publié dans une nouvelle traduction, intégrale celle-là.
Une nouvelle participation à l'Hiver polar d'Alexandra, pas de case à cocher cette fois-ci.
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