C'est sur les conseils de Keisha que j'ai regardé cette série franco-islandaise qui se déroule en Islande : La voisine danoise. Lotte aka Ditte, aka Fourmi rouge est une voisine un peu particulière dans cette copropriété de la banlieue de Reykjavik. Elle est (légèrement) psychorigide, fait pousser un potager sur l'espace vert en bas de l'immeuble, est très concernée par le réchauffement climatique et ne supporte pas qu'on ne respecte pas les règles. On comprend vite que Ditte n'est pas une voisine comme les autres pour une autre raison : elle a manifestement des compétences physiques et techniques qui ne sont pas à la portée du premier quidam. Ditte a été avec l'armée danoise en Afghanistan, infirmière et agente des services secrets. Elle est victime de syndrome post-traumatique.
Son sens du devoir et de la justice l'amène à s'immiscer dans la vie de ses voisins : la jeune fille amoureuse, la mère débordée et démissionnaire qui laisse tous ses enfants devant des écrans à longueur de journée, la femme manifestement empêtrée dans une relation toxique, ou encore son voisin du dessus qui enchaîne les soirées alcoolisées et très bruyantes sans aucune gêne...
Avec beaucoup d'humour, La voisine danoise explore des sujets très différents comme les tensions sociales, le vivre-ensemble, et les rapports de pouvoir. Et en sous-texte, porte aussi une réflexion sur la colonisation, (puisque l'Islande fut colonisée par le Danemark et n'a pris son indépendance qu'en 1918, devenant une république en 1944, sortant ainsi d'une espèce de Commonwealth avec le Danemark) Ditte est ainsi scandalisée que plus personne ne parle le danois en Islande.
J'ai regardé cette série avec beaucoup de plaisir, notamment pour le jeu de l'actrice principale, Trine Dyrholm absolument formidable, mais aussi avec une espèce d'incrédulité et de malaise parfois. En effet, si Ditte agit (plus ou moins) pour le bien de tous, tout comme le Danemark imaginait/prétendait le faire vis-à-vis des Islandais, ses moyens d'actions sont parfois difficilement justifiables, car très radicaux et souvent illégaux. Mais ils sont aussi (parfois) réjouissants à regarder, le décalage produisant un effet comique indéniable. Et on rit avec un brin de culpabilité. Le comportement de Ditte rappelle aussi de manière vivace l'impact de la guerre sur les soldats et soldates, et comment elle les change, parfois irrémédiablement. Trine Dyrholm est je vous le disais remarquable, passant d'un personnage aimable à une Valkyrie flippante en une fraction de seconde.
A découvrir, sur Arte, jusqu'au 26 avril.
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