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Hier, jour de la saint Valentin, l'atelier d'écriture nous proposait d'écrire sur la rencontre. Sans aucune originalité, j'ai écrit une rencontre amoureuse.

*

L'effervescence se fait peu à peu sentir. Sous les pins parasols qui ne parviennent pas à nous rafraîchir dans l'air brûlant de ce mois d'août caniculaire, j'observe les invités arriver toujours plus nombreux. La cérémonie débute dans un peu plus de trente minutes. Je tiens mon texte fermement en main : je serai la maîtresse de cérémonie, honneur et immense responsabilité. Mes paumes sont un peu moites, je porte ma robe bleue comme une armure.

Les mariés étant d'origines géographique et culturelle très différentes, brassant cultures africaine, française et océanienne, les invités viennent des quatre coins de la planète ou presque. Robes chamarrées et costumes s'éparpillent dans la cour d'honneur du château. Les enfants laissent vite leur timidité au pied de la fontaine centrale pour s'égayer sur la pelouse du parc.

Notre première rencontre se fait là, quand le marié nous demande de cornaquer les invités vers le stand de rafraîchissements avant de s'installer sur le lieu de la cérémonie. Le seul endroit sous la pinède du parc où l'air n'est pas totalement immobile. Mon rythme cardiaque s'accélère à mesure que les minutes défilent. Côte à côte, nous indiquons la direction à prendre aux invités, alternant anglais et français suivant leur origine. Je ne te regarde pas vraiment, ma seule réflexion tient à ta tenue, comme celle des autres témoins du marié : costume trois pièces par 38 degrés ! Que tu dois avoir chaud!

C'est au repas que je te découvre vraiment. Les mariés nous ont placés côte à côte. Ils pensaient que nous nous entendrions bien. S'ils avaient pu prévoir !

Tu fait voler en éclats mes préjugés sur les travailleurs de la finance internationale : inintéressant, fanfaron, hâbleur. Voilà bien des qualificatifs qui ne s'appliquent pas à toi. Curieux, bourré d'humour, passionné d'histoire te conviennent bien mieux.

Une conversation s'engage, et ne se tarit pas pendant ces heures chaudes et emplies de l'excitation particulière des mariages, auxquelles vient s'ajouter l'euphorie intellectuelle de deux esprits qui se rencontrent.

Des années plus tard, je ne sais plus tout à fait de quoi nous avons parlé. Des bribes me restent : évocation de la formation de la mer Méditerranée, la classique (et souvent hilarante) comparaison des insultes en langues étrangères (à notre table les nationalités sont nombreux : suédoise, néo-zélandaise, italienne, française, allemande et croate) ou de la vie des galeries d'art. 

Je me souviens de la chaleur lourde de la canicule, l'air à peine moins chaud passé minuit, quand nous discutions sur la terrasse surplombant le domaine viticole en contrebas de ce château de l'arrière-pays narbonnais. Le chant des grillons accompagnait nos paroles et nos silences. 

Je n'ai jamais cru aux coups de foudre, même à l'âge romantique de l'adolescence fleur bleue. Et pourtant ce jour-là, il y eut une rencontre, une alchimie aussi inexplicable qu'indescriptible. 

Tu es reparti aux antipodes, là où il fait jour quand ici il fait nuit. 

Tu es là-bas, je suis ici. Chacun sa vie, avec ses possibles et ses impossibles.

Souvenir doux-amer à jamais gravé dans mon esprit. 

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