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Tome 5? Mais enfin, où sont tes chroniques des tomes précédents? Eh oui, j'ai lu le dernier tome d'une série, ne sachant même pas que c'était une série... *soupir* Bon, cela n'a rien enlevé à ma lecture - du moins je ne crois pas. Mais maintenant, il va me falloir lire les quatre précédents tomes. 

Klezmer est donc une série en 5 tomes de Joann Sfar, l'auteur du Chat du rabbin (entre autres) sur une troupe de musiciens juifs en Ukraine. Dans ce cinquième tome, la troupe est dans un train affrété par les Juifs d'Odessa et allant vers Kishinev (Chisinau aujourd'hui, capitale de la Moldavie) où a eu lieu un pogrom, qui dura trois jours, vit 49 personnes assassinées, des centaines de femmes violées en avril 1903. Il y  a aussi un poète, réquisitionné de force pour rendre compte de l'horreur. Sfar s'est inspiré d'une histoire vraie pour cet album. Et si dans son livre le poète est tué, dans la "vraie vie", Chaïm Nahman Bialik s'est rendu sur place, a interrogé les habitants et écrit un très long poème intitulé La Ville du massacre, que l'on peut lire en fin d'ouvrage, avec les explications de Sfar sur son oeuvre et sa démarche (passionnant d'ailleurs).

Dans cet album, nous suivons donc nos musiciens, une jeune journaliste, le poète en direction de Kishinev, et le groupe d'auto-défense de Jabotinksy, qui fut un leader du mouvement révisionniste sioniste, il s'oppose (ou du moins leurs façons de voir divergent) à Michka Yaponchik, un voyou né lui aussi à Odessa et qui est plutôt pour être offensifs : ne pas attendre d'être attaqués pour riposter avec leurs fusils. Cela n'empêche pas Yaponchik de les fournir, les fusils. 

Le train est arrêté par des moujiks et c'est l'occasion pour Sfar de mettre en scène l'anti-sémitisme le plus crasse, le plus bête qui soit : le poète inconscient de la situation, descend du train, mais quand celui-ci repart, il se retrouve face aux moujiks. Il tente alors de discuter, de lutter contre la théorie du Juif dominateur, voulant exterminer les autres races ("Le Talmud dit "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Pas ton prochain juif, ton prochain humain"), mais face à la bêtise... il en vient à se dire qu'il vaut mieux aller dans leur sens. Sfar pose alors la question : est-on prêt à abdiquer toute dignité, pour survivre ? 

Ce passage est édifiant... et c'est terrible de lire encore aujourd'hui, sur les réseaux sociaux, de tels propos antisémites, quelques 120 ans plus tard.

Sfar montre la bêtise et la haine entremêlées pour le pire. Il ne manque pas d'humour, certains diront un humour désespéré, mais cela reste de l'humour, de l'ironie mordante ; et puis il y a de l'espoir aussi avec l'histoire d'amour entre Yaacov et Hava...

Je le disais, il y a une longue postface manuscrite où Sfar expose son projet, mais parle également de l'anti-racisme qui de nos jours, selon lui empêcherait de critiquer les religions, alors que pour lui elles servent de carburant à beaucoup de haines. Et je dois dire que sur certains points je suis bien d'accord avec lui. Il revient également sur le fait que les pogroms de la fin du 19ème siècle mais celui de Kishinev surtout ont été à l'origine de la fuite de dizaines de milliers de Juifs vers l'Europe de l'ouest, notamment, mais pour la plupart ils partirent vers les Etats-Unis, l'Amérique latine et ce qui deviendra Israël. Il évoque le Bund, (l'Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie) un parti ouvrier juif qui pour lui avait raison, et qui fut l'espoir des Juifs d'Europe : parler d'une culture juive et non d'une race ou d'une religion. Il était laïc, antisioniste, marxiste. Pour Sfar c'était la solution, mais ces Juifs qui restèrent en Europe payèrent de leur vie cet espoir et cette conviction.

Un article (en anglais) à lire sur l'impact du pogrom de Kishinev. 

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Tag(s) : #Ma bibliothèque, #BD, #Ukraine
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