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J'avais déjà vu sur les étagères de la médiathèque cette collection La petite bédéthèque des savoirs, des éditions Le Lombard. Des bandes dessinées pour expliquer des faits (histoire, société, sciences) des idées etc. Cet ouvrage s'intéresse donc au tatouage, un art ancestral voire millénaire.

Jérôme Pierrat prend comme prétexte un dialogue entre un prisonnier et un directeur de maison d'arrêt. On part donc du cliché du malfrat tatoué. Le directeur prend sur lui d'instruire ce prisonnier qui vient de se faire tatouer (mal) et l'emmène, et nous avec, dans l'histoire de ce fait culturel qui a touché pour ainsi dire presque toutes les sociétés humaines. Les plus vieux tatouages connus à ce jour, ou du moins trouvés sur un corps, le furent sur le cadavre d'Ötzi, homme préhistorique mort il y a 5300 ans. Mais on peut estimer que la pratique du tatouage remonte à bien plus loin, puisqu'on trouve des statuettes "marquées" vieilles de 25 000 ans!

Nous découvrons dans cette bande dessinée les différents usages et pratiques du tatouage. Marquer les corps pour les soigner, les valoriser, faire peur, les dominer (marquer les esclaves), mais aussi signes religieux, rites de passages etc. Des pratiques qui varièrent d'une société à une autre. Ainsi, présent durant l'Antiquité en Europe, il est petit à petit  banni dans les sociétés christianisées avec d'y renaître à l'occasion des croisades, il peut aussi être la marque d'une appartenance à une confrérie ou un compagnonnage.

Simple (représentant un objet) ou très élaboré, le tatouage raconte la vie, les aspirations de celui ou celle qui l'arbore; Dans certaines cultures, la majeure partie du corps est progressivement recouverte, chaque étape de la vie amenant un nouveau motif. 
 

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Le tatouage - J. Pierrat & Alfred (ill.)

Comme d'habitude, avec la colonisation on "capitalisa" sur les tatouages, on observa un trafic relatif aux têtes tatouées. Ainsi des Paki paki de Nouvelle-Zélande ( il s'agit de la tête d'un ennemi tué au combat, que l'on garde comme relique) dont le trafic lucratif entraîne des meurtres de Maori, voire poussent des chefs à tatouer leurs esclaves pour les vendre (alors qu'ils sont encore vivants!) aux Blancs !! En conséquence, la pratique disparaît petit à petit... personne n'a envie d'être tué pour finir dans un salon à côté d'une tête de cerf... Il y a également une forte pression de la part des missionnaires pour abolir cette pratique païenne. Les personnes tatouées sont aussi des attractions... ils et elles sont exhibés devant des royautés, mais aussi dans des salles de spectacles ou des foires. En 1576, une femme Inuit (porteuse de tatouage facial) est ainsi offerte au regards; en 1691 Prince Giolo (originaire des actuelles Philippines) est lui aussi exhibé, avant de mourir de la petite vérole. On compte nombre de ces cas au fil des siècles. Il y a aussi celui de Jean-Baptiste Cabri qui après bien des péripéties, arrive aux Marquises où il s'établit. Il finit par revenir en Europe bien malgré lui (il s'est endormi ivre mort dans un navire...qui a mis les voiles!) et demande à être enterré dans une fosse commune : il ne veut pas qu'on vienne lui couper la tête pour l'exposer!

Petit à petit, les marins s'approprient le tatouage, longtemps considéré comme l'apanage des personnes de mauvaises vie, il devient à  la mode au fil des décennies pour devenir "mainstream" de nos jours. Les gangs l'utilisent beaucoup, parfois sur tout le corps, mais il perd de son attractivité quand il s'agit de se faire plus discret. Le livre se termine sur un focus sur le tatouage au Japon, où des statuettes du temps de l'Antiquité portent des marques et des sillons sur le visage. On apprend que les femmes se tatouaient les mains et les avants-bras (Okinawa) et parfois aussi le visage (Hokkaido). Mais le développement de la pratique des grands tatouages (que l'on a à l'esprit quand on évoque les tatouages japonais) datent du 18ème siècle, et l'explosion de la pratique vient du succès d'un livre chinois, best-seller au Japon au début du 19ème siècle, dont les illustrations de bandits tatoués inspirent les amateurs. Cela ne plaît pas au Shogun qui finit par l'interdire en 1872. De mémoire, au Japon il est interdit de nos jours de rentrer dans une piscine municipale si on est porteur de tatouage...

Bref, tout ça pour dire que ce petit ouvrage de 66 pages contient une foultitude d'informations sur le sujet, ainsi qu'une petite bibliographie en toute fin. Passionnant!

Le tatouage - J. Pierrat & Alfred (ill.)
Le tatouage - J. Pierrat & Alfred (ill.)
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Tag(s) : #Ma bibliothèque, #BD
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