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Tout comme Orignal de Max de Radiguès, c'est sur les conseils du bibliothécaire que j'ai lu Je mourrai pas gibier d'Alfred, adaptation du roman de Guillaume Guéraud. J'avais déjà lu ce dernier au rayon jeunesse avec le très bon roman Les trois enterrements de mon chien.

Ici, dans ce roman pour ado (!!) on est très loin de la légèreté. La première planche ouvre sur le cadavre d'un lapin... et dans les suivantes, nous découvrons un massacre. Huit victimes, cinq personnes ont été tuées, deux autres blessées. Le narrateur est l'auteur des faits, qui a sauté par la fenêtre pour en finir, mais comme il le souligne: "je me suis juste brisé le tibia et ça m'a servi à rien d'autre qu'avoir mal".

Je mourrai pas gibier est le récit de l'avant, des faits qui vont conduire à ce massacre, un jour de mariage. Dans le petit village de Mortagne, à peine plus de 1200 âmes, il y a deux entreprises: la scierie et la vigne. Ceux qui travaillent dans l'une détestent ceux qui travaillent dans l'autre, et vice versa.

Dans sa famille, Martial n'est pas plus à l'aise que dans le village: ça déborde pas d'amour et d'affection, c'est le moins que l'on puisse dire. Martial, c'est le narrateur de cette histoire, et donc le meurtrier. Martial, ne veut être employé ni à l'une ni à l'autre, il veut vite quitter Mortagne alors il décide de faire un stage chez un luthier, mais "c'est un truc de pédé" comme dit Fredo, le pote du frère de Martial, et puis dans sa famille on est à la scierie, un point c'est tout, même si on en crève comme le père. Mais pas question pour Martial de pourrir ici, alors il choisit de faire un lycée pro en mécanique. Tous les week-ends il revient, et sur la route vers la maison depuis l'arrêt de bus, Terence l'accompagne. Terence c'est "l'idiot" du village, souffrant d'un lourd handicap mental. Mais Martial finit par s'y attacher.

Dans un village où on ne peut pas dire que ça brille par l'intelligence, Terence est le souffre douleur, la proie. Et comme disent les chasseurs, "je suis né chasseur, je mourrai pas gibier". Forcément, ça ne pouvait que mal finir.

J'ai lu quelques critiques sur le roman dont est adapté la bd, et apparemment c'est un livre très noir. Et de fait, cet album m'a happée par sa noirceur, cette impression de la mécanique infernale qui vous emporte inexorablement vers le drame. Le dessin d'Alfred n'est pas beau, mais il colle parfaitement à la noirceur, la bêtise, la méchanceté qui empoisonnent l'atmosphère. Ce village qui vit presque en vase clos, où les haines sont recuites, où le sport préféré c'est de se taper sur la g*** aux fêtes, où le plus faible sert de punchingball, d'exutoire, c'est l'enfer. C'est la cruauté, la bêtise crasse au quotidien, dans ce qu'elle a de plus banal et de plus abject.

J'ai aimé le trait, le cadrage, l'utilisation des couleurs (par Henri Meunier). Je n'ai pas pu lâcher le bouquin une fois débuté. Je ne sais pas si je lirai le roman (probablement que si), mais en tout cas cette histoire me restera un moment en mémoire.

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Je mourrai pas gibier - Alfred
Tag(s) : #Ma bibliothèque, #BD, #coups de coeur
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