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Amazon va rétribuer ses auteurs au nombre de pages lues. Effrayant?

Bien entendu, il ne s'agit pas des auteurs publiés par les maisons d'éditions traditionnelles. Non, seulement les auteurs inscrits au service du géant américain Kindle Direct Publishing. Ce service permet d'emprunter et non d'acheter les livres en questions. Le système existe donc, mais il ne concerne pas tous les livres autopubliés et vendus sur Amazon.

Amazon est coutumier du coup de pub pour un service dit "révolutionnaire". Comme par exemple avec la très rapidement annulée livraison par drone. Est-ce ici la même chose? Est-ce à terme un danger pour les auteurs/la littérature?

On aurait tendance à dire, c'est dangereux. On va nous ressortir toujours la même sauce, thriller aux cliffhangers à la fin de chaque chapitre, forcément ultra-court? La littérature sera-t-elle condamnée à être sexy, punchy et tout autre adjectif en -y révéré par les marketeurs fous?

Elitisme vs Commercial

Un livre doit-il donc être uniquement commercial? Quid de l'oeuvre ardue, sur laquelle on se penche avec sérieux, un peu comme un roman de Umberto Eco. Ces livres-ci survivraient-ils à un tel système? Je n'en suis pas sûre. Et pourtant, Le nom de la rose, quelle merveille! Mais n'est-ce pas là l'argument d'une littérature élitiste? Peut-être. Mais fouettez-moi si vous le voulez, j'aime bien l'élitisme, quand il vous tire vers le haut.

Qui plus est, que devient l'auteur, sans avance? (vous me direz, beaucoup, avant d'être publiés vivent cela). Et de l'autre côté, le lecteur paie-t-il aussi au nombre de pages lues?

j'ai lu dans une interview ceci :

"En se référant au cadre d’analyse de la science économique classique, on peut ainsi penser que le lecteur, qui est consommateur d’un bien culturel, risque de se déterminer pour une œuvre qui lui apportera le plus de satisfaction, en utilisant le minimum de temps ou en faisant le moins d’effort possible. [...] Car on peut aussi s’attendre à un effet inverse. On peut miser sur une amélioration générale de la qualité des œuvres produites. Regardons ce qu’il se passe avec les séries télévisées : c’est bien une logique de fidélisation du public qui a poussé les créateurs à prendre des risques, à innover, à s’engager artistiquement, pour faire des séries époustouflantes ces dernières années. Un auteur qui emploiera des recettes trop visibles ou des ficelles trop grosses sera moins lu que celui qui mettra ses tripes et du cœur à l’ouvrage. Ce nouveau modèle peut encourager les auteurs à donner le meilleur d’eux-même et risque à terme, s’il se généralisait, d’écrêter dans les deux sens la production littéraire : les œuvres « grossières » et les œuvres pointues-ennuyeuses s’élimineront d’elles-même. Resteront celles qui sont pointues, dans le sens où elles expriment la plénitude artistique de leurs auteurs."

Interview intéressante, mais l'idée que l'édition sera amenée à se réguler elle-même et prendre des risques pour le meilleur résultat, c'est me rappelle un peu trop ce que disait un certain Adam Smith sur le marché et la min invisible qui le régule... Au final, certains y gagnent beaucoup, alors que d'autres perdent encore plus.

Et le lecteur dans tout ça?

Ayant cet idée en tête que ferons-nous lecteurs/lectrices devant ce genre de livres? Culpabilité d'arrêter la lecture après seulement quelques pages, sachant que l'auteur y perdra donc des revenus? Quid des pages survolées (une page doit être affichée un certain temps pour être comptabilitsée comme lue)? De la lecture dilettante?

Ceci étant dit, je ne suis pas une défenseuse (?) à tout crin de l'éditeur. Combien sont passés à côtés de pépite et on publié des titres d'une qualité plus que médiocre? Voire carrément surévaluée par (c'est l'autre problème) des critiques évoluant en vase clos? Et que dire de la rémunération des auteurs par les maisons d'éditions? Au mximum 10% du prix de vente (pour un best-seller!!!)...

Alors, voilà. Je ne sais trop quoi penser, car les arguments des uns et des auteurs peuvent s'entendre. Et vous, vous en pensez quoi?

Illustration: La liseuse de Marie-Augustin Zwiller.

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Tag(s) : #Mon oeil!
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