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vaincue par la brousse doris lessing prix nobel littérature

C'est aussi la rentrée pour le club Lire et Délires, et nous avons choisi lors de notre précédente rencontre de lire Doris Lessing, prix Nobel de littérature en 2007.

Je ne me suis pas beaucoup posé de questions, j'ai lu son tout premier roman, Vaincue par la brousse publié en 1950.

Dans la Rhodésie de la fin des années 40, Mary, jeune femme blanche par ailleurs très heureuse de sa vie de célibataire, épouse, sans amour, Dick, fermier venu du fin fond de son veld. Pourquoi l'épouse-t-elle: parce qu'elle a surpris une conversation où ses amis trouvaient étrange, voire pire, qu'elle ne soit toujours pas mariée à 30 ans passés. Sur un coup de tête, Mary se met en quête d'un époux, et c'est Dick qui aura la malchance de l'épouser.

Car Mary, femme fière, ne supporte pas la vie à la ferme. Elle-même fille de parents fermiers extrêmement pauvres, elle a fui la campagne pour échapper à la misère. Elle est devenue dactylo à la ville. Et la voilà, pour une conversation entendue, qui se retrouve dans l'endroit qu'elle déteste le plus. Entourée de Noirs qu'elle traite avec d'autant plus de sévérité, voire de violence, qu'elle est terrorisée par eux (comme la plupart des Sud africains, tous persuadés que les Noirs vont les assassiner un à un). Un comportement qui la mènera à sa mort. Je ne divulgâche rien: la scène d'ouverture est celle de la découverte du cadavre de Mary.

Vaincue par la brousse est un roman magistral, ni plus ni moins. On y suit, comme à la loupe, une femme qui se désagrège, tombe dans la spirale de la dépression. Exaspérée par un mari qui n'a pour ainsi dire que de mauvaises idées, ne suit aucun des conseils de ses voisins (pourtant prospères) et s'entête dans ses erreurs, Mary va d'abord passer par une période d'hyperactivité, pour plonger ensuite dans une torpeur qui n'est pas seulement due à la chaleur insupportable de sa maisonnette au toit de tôle. Elle se coupe volontairement de ses voisins, s'isole totalement. Traitant extrêmement mal les esclaves noirs (ils ne sont pas légalement des esclaves, ils sont même payés (fort chichement), mais ils sont traités comme des esclaves), Mary va les faire fuir les uns après les autres. Un seul résistera, Moïse. Celui qui la tuera.

Doris Lessing dépeint avec beaucoup de brio, dans un style à la fois dépouillé et terriblement évocateur, une Afrique du Sud gangrénée par un racisme comme inscrit dans ses gênes. Où le Noir est l'ennemi; où il fait peur.  La grande Histoire fait même parfois irruption dans le récit, avec notamment la position des Afrikaaners vis-à-vis des Nazis...que certains préfèreraient probablement oublier aujourd'hui.

C'est un roman très fort, car il y a beaucoup de Doris Lessing dans ce texte. Née en Iran, elle vivra pendant des années en Rhodésie, et Dick est fortement inspiré du propre père de l'auteure, malheureux dans son rêve d'agriculteur prospère.

Un roman puissant, qui donne bien entendu envie de lire d'autres textes de Doris Lessing.

Tag(s) : #Ma bibliothèque, #coups de coeur
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