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Y'a d'la joie!

Mary Mackenzie, jeune écossaise de vingt ans part pour la Chine où elle va épouser Richard Collingswirth, attaché militaire. Jeune fille naïve, ne connaissant rien du monde, Mary va devoir lutter pour s'intégrer dans le cercle fermé des expatriés de Pekin. Mais dans la froideur de sa maison enfermée dans les enceintes protectrices après la Révolte des boxers, Mary n'est pas heureuse. Et par un jour d'été, elle prendra pour amant un officier japonais. Rejetée par son mari, elle quittera la Chine pour le Japon, où elle vivra jusqu'à la seconde guerre mondiale.Attention, ce billet comporte quelques spoilers...vous êtes prévenus!

http://2.bp.blogspot.com/_O_PYlzjOelg/SmYMM_oubgI/AAAAAAAACmI/-f1MQDWhQ1M/s320/UneOdeurDeGingembre.jpgMe voilà devant une tache ardue. Parler de ce roman que j'ai lu relativement rapidement au regard de mon rythme de lecture actuel, alors que pendant longtemps je n'ai pas apprécié son héroïne. Celle-ci transcrit dans son journal intime les évènements, marquants ou non, futiles ou majeurs de sa vie. Intercallés entre ces entrées où elle décrit son quotidien, on peut également lire les lettres qu'elle envoie à sa mère, puis après son départ scandaleux de Pékin, à son amie Marie, française et épouse d'un diplomate. Le début fut laborieux, Mary naïve, ses réflexions parfois fastidieuses. Puis, petit à petit, le lecteur sent poindre la femme qu'elle sera, avec son propre regard sur les cultures chinoises et japonaises, loin des clichés et du mépris affichés par les Occidentaux qu'elle fréquente. Il lui semble ainsi bizarre d'utiliser les temples pour aller y pique-niquer le week-end.

J'ai eu du mal à cerner ce personnage, dont pourtant l'auteur nous plonge dans les pensées. J'ai eu l'impression - faite exprès, probablement - que même dans son journal intime, il y a beaucoup de choses que Mary ne dis pas, par pudeur, par pruderie due à son éducation. Ainsi, on ne comprend pas trop pourquoi elle tombe amoureuse (tombe sous l'emprise?) de comte Kurihama. Un homme qui pourra faire ce qu'il veut d'elle, jusqu'à lui retirer le fils qu'ils auront ensemble, sans un mot ni une explication. Il reparaîtra, parfois après des années de silence, et ils reprendront pour quelques jours seulement leur relation. C'est très étrange. De même, Mary parle finalement très peu de ses deux enfants, Jane qu'elle eue de son premier mariage et qu'elle ne revit jamais (du moins, le temps que nous la suivons) et Tomo. Beaucoup plus attachée à ce dernier, elle semble avoir totalement tiré un trait sur sa fille. Peut-être parce qu'elle n'en a jamais aimé le père?

De plus, pendant la majeure partie du roman, j'ai eu l'impression d'un personnage qui comme le roseau pliait sans rompre, mais voguait un peu à vue, survivant parce qu'il n'y avait pas d'autre choix. Lorsque dans une entrée de son journal elle parle de son caractère obstiné, j'ai trouvé cette réflexion un rien incongrue, parce que cela ne paraît jamais dans ses lignes. Pas raccord avec les 300 pages que j'avais lues précédemment. Par la suite, certains évènements viennent corroborer cette affirmation, autant dans vie profesionnelle que personnelle (notamment dans ses relations avec les hommes). Lorsque l'on repense à la vie qu'a eue Mary au Japon, il est indéniable qu'elle a dû combattre pour rester indépendante et gagner sa place dans un pays très machiste (et c'est un euphémisme).Et finalement, avec le recul alors que j'écris ce billet, mon impression tient peut-être au fait que Mary n'a pas une très haute opinion d'elle-même. Je ne sais pas.

Et moi qui me demandais tout au long de ce roman quand il allait me toucher, il m'a cueillie lors des toutes dernières pages. J'ai été émue, bouleversée par la dernière scène, qui illustre si parfaitement la vie de cette femme victime de sociétés masculines où le sexe dit faible n'est que quantité négligeable. Comme si d'un coup, je prenais son histoire en pleine figure. Mary aura fait preuve d'une grande dignité, d'un grand courage. Chaque personnage féminin occidental que l'on rencontre dans ce roman est d'ailleurs d'une manière ou d'une en lutte contre sa condition.

Roman de l'éloignement et du déracinement, de l'exclusion, de la condition féminine, Une odeur de gingembre ne sera pas un coup de coeur pour moi comme il a pu l'être pour d'autres, mais je lui trouve énormément de qualités, car bien que je n'aie longtemps pas apprécié Mary, il m'a captivée. Et notamment tout l'aspect historique et culturel. Nous découvrons avec Mary l'extrême orient, ses coutumes si particulières et si différentes des nôtres. Le contexte politique est également très bien rendu, et pour moi c'est un vrai plus. Je ne peux pas dire que je me sois attachée à Mary, mais je crois que c'est un personnage qui finit par forcer l'admiration.

Une chose m'a chagrinée cependant, la qualité parfois très approximative de la traduction. Pour moi le halage n'est pas la coloration que prend la peau quand ell a été exposée au soleil... De même, on a rarement les années futures de notre vie "en face" de soi.

Un livre sortie de ma PAL grâce à Anjelica (qui me l'avait offert) pour une lecture commune avec ALaure, Manu, Alex, et d'autres...

Un extrait: (Mary est reçue avec d'autres femmes étrangères par l'Impératrice Tseu-Hsi)

Ce n'était pas une main ordinaire, mais un éblouissement de griffes en or. J'avais entendu parler de ces étuis à ongles mais les voir pour la première fois m'a quand même donné un choc. Ils avaient au moins trente centimètres de long, sinon plus, sur les doigts principaux, et même si l'or en était aussi fin que possible, ces étuis protégeant des ongles qui n'ont jamais été coupés devaient être affreusement lourds. L'impératrice ne peut rien faire toute seule à cause d'eux. Elle doit être nourrie, habillée, servie en tout et en permanence par les dames de cour; elle doit même se coucher sans ôter ses étuis à ongles. Je suis restée une minute ou deux à me poser des questions à leur propos, les yeux rivés sur ces mains qui reposaient à nouveau sur ses genoux, comme les nervures repliées d'un éventail. Chacune des bouchées qu'elle avale doit être mise dans sa bouche par quelqu'un, et l'impératrice qui règne sur le plus grand nombre de sujet après le roi Edouard est aussi dépendante qu'un infirme sans bras. Il ne faut donc pas s'étonner qu'elle se conduise de temps à autre comme une démente.

Par Choupynette de Restin - Publié dans : Ma bibliothèque
Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 12:11

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