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Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


The way we live now- Anthony Trollope

Publié par Choupynette de Restin sur 4 Décembre 2011, 11:00am

Catégories : #Ma bibliothèque, #coups de coeur

Dans le Londres des années 1870, Lady Matilda Carbury, veuve,  tente tant bien que mal de faire parler de son livre Criminal Queens, pour subvenir aux besoins de sa famille et en particulier aux très nombreux vices de son fils le baronet Sir Felix. Elle aimerait bien marier sa fille Hetta au cousin Sir Roger Carbury, Esq., qui détient les biens de la famille dans le Suffolk. Mais Hetta n’aime pas Roger de cet amour-là, et n’entend pas se marier avec son cousin.

Dans http://thehut.pantherssl.com/productimg/2/100/book/55/9781853262555_BK_M_F.JPGce même Londres débarque les Melmotte, famille inconnue, soupçonnée d’être d’origine juive et qui amène dans son sillage une certaine odeur de souffre. Banqueroute, escroquerie. Personne ne sait vraiment. Mais il semble qu’Augustus Melmotte soit très riche. Et il entreprend de conquérir la noblesse et la haute bourgeoisie de l’époque, par l’argent et le mensonge. Grâce à Paul Montague et Mr Fisker, deux Américains, Melmotte entre dans le projet d’une voie ferrée reliant la Californie au Mexique. Projet titanesque. Perspectives de profits illimités, selon Melmotte et ses partenaires. La « Haute », jusqu’alors méfiante face à la vulgarité de l’homme, se laisse appâter par des profits rapides et sans effort. L’homme atteint son apogée lors de la réception de l’Empereur de Chine, dans sa propre demeure, et son élection comme député de Westminster.

The way we live now (TWWLN, pour faire court) est un grand roman comme le 19ème siècle en produisait, chronique minutieuse et sans concession d’une époque. Ce roman d’Anthony Trollope tout récemment traduit en français sous le titre Quelle époque !, me fait penser à Bel-Ami de Maupassant, dans une moindre mesure, bien entendu, pour le sujet traité (la finance) notamment. Critique d’une société où l’apparence et les faux-semblants sont la norme, où l’hypocrisie est de mise en toute circonstance. Où l’argent est roi.

Les personnages principaux de ce roman d’une époque représentent chacun un archétype. Sir Felix est le type même du nobliot qui ne pense qu’à son plaisir, sans aucune attention aux conséquences, pour lui-même ou sa famille, qu’il ruine consciencieusement. Veule, lâche, menteur, truqueur, il part à la chasse à l’héritière pour pouvoir continuer à pratiquer en toute impunité ses vices (femmes, jeu, alcool etc). C’est probablement l’un des pires du lot de jeunes gens dont Trollope décrit les soirées de jeu au Beargarden. Lord Nidderdale, ami de Sir Felix et fils du marquis d’Auld Reekie est le candidat rêvé pour épouser Marie, la fille de Melmotte. Ce dernier veut absolument faire partie de la bonne société, et quoi de mieux que de marier sa fille à un marquis ? Nidderdale est un peu comme Sir Felix. Indolent, détestant les disputes, désargenté mais continuant malgré tout à jouer et à perdre de l’argent. Il ne fait même pas semblant de trouver un quelconque intérêt à Marie, lors de sa « cour ». Mais il se révèle sur la fin avoir bon fond.

Augustus Melmotte est un parvenu, passé par la case prison, il ne doute jamais d’arriver à s’en sortir. Et de fait, il devient en quelques mois l’homme le plus écouté du royaume, celui par qui tout arrive, et notamment l’argent. Ceux qui le méprisaient, car trop commun et vulgaire, recherchent sa compagnie… et sa fortune ! Melmotte, c’est l’image de l’hypocrisie, de la filouterie, de l’arrogance et de la folie des grandeurs. Intelligent, manipulateur, sa réussite lui monte à la tête. Et il génère lui-même sa propre déchéance.

Dernier personnage central, formant avec les deux autres le triptyque symbole d’une époque manifestement détestable pour Trollope, Sir Roger Carbury, Esquire. Amoureux d’Hetta, ce gentleman qui n’aime guère la ville est un modèle d’honnêteté, de rigueur morale. Il aide sa famille, même s’il déteste cordialement Sir Felix, même s’il n’approuve pas du tout que Lady Matilda fasse son possible pour entrer dans le cercle où évoluent Melmotte et sa fille. Carbury est le prototype de la gentry anglaise modeste, qui se veut moralement irréprochable. Sans imagination, sans éclat, mais droit dans ses bottes.

Et les femmes dans tout cela me direz-vous ? Eh bien, elles font comme elles peuvent ! Confinées au rôle d’épouse, ou de fille, objet de convoitise, passeport pour la fortune ou le rang social. Chacune tente à sa façon de tirer son épingle du jeu. Marie Melmotte prend peu à peu de l’assurance, et tente même la fuite avec Sir Felix, subjuguée par sa beauté et son bagou. Mais face à l’échec de l’entreprise, et la veulerie du bonhomme, elle décide de prendre son destin en main, et ne cédera plus aux hommes qui l’entourent. La fortune que son père avait caché sur un compte au nom de Marie aide quand même grandement à ce changement radical de comportement.

Hetta Carbury veut l’amour, celui de Paul Montague, meilleur ami de Roger Carbury et n’acceptera de se marier pour aucune autre raison. Et surtout pas avec son cousin Roger. Mais l’amour, est-ce bien raisonnable comme raison de convoler, pour une femme à cette époque ? Certes pas ! Quelle folie ! « Qui parle encore d’amour de nos jours ? », comme le dit si bien Georgiana Longestaffe, demoiselle si sûre de sa beauté et de sa valeur. Depuis plusieurs années sur le « marché » matrimonial, Georgey ne comprend que trop tard qu’elle a toujours visé trop haut. Famille désargentée, perspectives de plus en plus réduite, elle se résout pour garder son statut social (une maison à la campagne et une autre à la ville) à épouser mr Breghert, un banquier juif riche. Riche, très riche, mais juif. Elle déteste cela, cet homme, ce qu’il représente, ses amis, le trouve laid, mais la perspective d’une double résidence l’attire comme un aimant. Sa famille s’oppose totalement à une union avec un juif (l’antisémitisme était prégnant à cette époque) néanmoins elle reste prête à épouser son riche banquier. Mais quand celui-ci lui apprend que des pertes financières importantes (liées aux activités de Melmotte) l’empêcheront d’entretenir une maison à Londres pendant au moins trois ans, elle rompt les fiançailles.

Il y a enfin Mrs Hurtle, l’Américaine, venue chercher à coups de fouet s’il le faut celui qui lui avait promis le mariage… Paul Montague, l’amoureux d’Hetta.

Toutes font de leur mieux dans un monde qui n’est décidément pas facile pour les femmes. Obnubilées (par l’amour, l’argent et j’en passe) elles doivent se soumettre au bon vouloir des hommes de leur famille, ou risquer la ruine, le déshonneur. Un passage parmi tant d’autres que j’aurais pu noter est frappant : Henrietta had been taught by the conduct of both father and mother that every vice might be forgiven in a man and in a son, though every virtue was expected from a woman, and especially from a daughter. The lesson had come to her so early in life that she had learned it without the feeling of any grievance. She lamented her brother's evil conduct as it affected him, but she pardoned it altogether as if affected herself. That all her interests in life should be made subservient to him was natural to her; and when she found that her little comforts were discontinued, and her moderate expenses curtailed because he, having eaten up all that was his own, was now eating up also all that was his mother's, she never complained. Henrietta had been taught to think that men in that rank of life in which she had been born always did eat up everything.

Chronique d’une époque, TWWLN est un remarquable roman, foisonnant, fourmillant de détails sur les conditions de vie, les mœurs de l’Angleterre victorienne. Trollope dénonce avec une férocité et une ironie corrosive rarement vues dans un roman (pour ma part) l’hypocrisie ambiante, la volonté de gagner de l’argent à tout prix, quel qu’en soit le moyen et les conséquences. Ainsi, Lady Carbury sait bien que son roman ne vaut rien, mais elle fait son possible pour qu’on en parle. Elle tente à coup de flatterie et de battements de cils d’extorquer des revues positives dans les journaux les plus lus de la ville. Ainsi, Sir Felix qui ment de façon éhontée à la jeune et naïve Marie. La noblesse dans son ensemble qui fait semblant d’accepter dans son cercle Melmotte et son argent… qui décidément n’a pas d’odeur ! Qu’il triche et mente pour obtenir sa fortune peut importe à ces gens, du moment qu’ils en profitent. Mais que le colosse fortuné semble sur le point de s’écrouler et les rats quittent le navire ! Et c’est bien l’à l’hypocrisie que dénonce si violemment Trollope.

Il y aurait tellement à dire sur ce roman ! Je n’en dis pas le dixième ici ! Parfois trop détaillé sur certains points, le récit est un peu plombé dans son rythme, mais rapidement, Trollope reprend les rênes et cela repart. Je dois avertir ceux qui voudraient le lire en anglais qu’il faut avoir un très bon niveau, tant la construction des phrases de Trollope est particulière. Si je n’ai aucun problème à lire Austen en VO, je dois dire qu’il m’a été beaucoup plus difficile de m’adapter au style de Trollope. Un roman à lire absolument. Et vous pouvez également voir l’adaptation BBC avec l’excellent David Suchet et le remarquable Matthew MacFadyen.

Lu en commun avec Chiffonnette.

Première participation (par anticipation) au mois anglais.

http://storage.canalblog.com/13/97/341021/69816842_p.jpg

Commenter cet article

chuis-pas-douee 21/12/2011 10:04


Merci pour tous ces romans sur lesquels tu t'exprime, j'ai pu noter quelques titres afin d'agrandir ma bibliothèque et sortir de mes lectures habituelles.


bonne journée et bonnes fêtes de fin d'année


bbr

Choupynette de Restin 28/12/2011 11:03



Tout le plaisir est pour moi!  bonnes fetes à toi.



Lou 07/12/2011 22:43


Merci Choupynette tu me donnes vraiment envie de lire cet auteur, projet de longue date mais toujours pas mis en oeuvre ! Moi qui adore l'Angleterre victorienne je suis complètement à l'ouest en
ce qui concerne les écrits de ce monsieur. Après Braddon, une nouvelle découverte à faire :) Quant aux femmes à l'époque victorienne c'est un sujet fascinant... j'adorerais reprendre mes études
pour faire ma thèse sur ce sujet !

Choupynette de Restin 13/12/2011 13:33



J'ai adoré!!! j'ai emprunté Doctor Thorne à la médiathèque. C'est le troisième tome de la série Barsetshire... encore un pavé!


Oui, la palce de la femme à cette époque, c'est ... vraiment particulier!



Joelle 05/12/2011 17:53


Je n'ai jamais rien lu de cet auteur pourtant très "productif" ... j'ai quelques titres de notés (en français et en anglais) mais je ne crois pas que celui-ci en fasse partie ! Je m'en vais donc
le rajouter :)

Choupynette de Restin 13/12/2011 13:34



il FAUT le lire! :)



Gwenaelle 05/12/2011 08:12


Bravo pour la lecture - qui a l'air costaud! - et pour ce billet très complet. C'est un auteur que je ne connais pas, alors à découvrir... ;-)

Choupynette de Restin 05/12/2011 10:59



oui, absolument à découvrir! Un must!



yueyin 04/12/2011 22:23


Ahh mathew en sir felix, un vrai bonheur !! je le lirai un jour... en français :-)

Choupynette de Restin 05/12/2011 11:00



oui, un vrai bonheur. An absolute cad - but a sexy one!



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