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Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


The crimson petal and the white

Publié par Choupynette de Restin sur 31 Août 2010, 11:06am

Catégories : #Ma bibliothèque, #coups de coeur

Il y a des romans qui vous attrapent, qui vous agrippent, malgré des personnages pas toujours sympathiques, des intrigues pas forcément ragoutantes parfois. Et lorsque l’on tourne la dernière page, on reste hébété, sonné.

C’est ce qui m’est arrivé avec ce roman de Michel Faber, traduit en français sous le titre La rose pourpre et le lys. Je n’ai vu que très, très peu de billets sur ce roman. Dont celui de Gaëlle, toujours aussi intéressante car elle élargit bien sûr le sujet (le roman lui-même) vers l’écriture et le rapport de l’écrivain à son œuvre, du lecteur à l’œuvre etc. Elle aussi fut époustouflée (Gaëlle si je me trompe, tu me corriges) par ce roman pavé (quasiment 900 pages dans mon édition en VO grand format), qui nous plonge dans les bas-fonds du Londres des années 1874-1876, et nous emmène dans les salons feutrés où les apparences sont Loi, et l’odeur fétide du vice jamais bien loin derrière la senteur délicate des parfums de ces dames.

The Crimson petal… c’est l’histoire de personnages dont chacun est dans la lutte. Lutte contre soi-même, contre le Mal (imaginé ou réel), contre la Société, la fatalité, la folie. Sugar, prostituée célébrée dans un recueil guidant les « gentlemen » vers les plaisirs les plus variés à « déguster » dans Londres, est rongée par sa haine des hommes, et lorsqu’elle met la main sur William Rackham, dilettante et « would-be » écrivain, elle se dit qu’elle a trouvé la poule aux œufs d’or qui la sortira de Church Lane et de la pauvreté. Pour cette femme si extraordinaire (au sens le plus littéral du terme), Rackham va enfin se décider à travailler, et à prendre la suite de son père à la tête d’une entreprise de parfumerie connaissant un petit mais prometteur succès.  Car pour pouvoir se payer Sugar, s’en faire sa prostituée personnelle, il lui faudra une fortune. Ce qui n’est pas pour déplaire à sa femme Agnès, habituée à un train de vie bien supérieur. Agnès est un personnage étonnant, qui malgré son égocentrisme, s’attire irrémédiablement la sympathie du lecteur qui sait que sa « folie » n’est qu’un symptôme d’une maladie très grave et mortelle qui ne sera découverte par les médecins que des années plus tard. Agnès (qui peut bien être le « lys » du titre, quand Sugar la sulfureuse, la sensuelle est la rose pourpre) est catholique, persuadée que ses menstruations sont les manifestations d’attaques du Malin, elle n’a jamais pu accepter son statut de mère, et elle s’échappe en rêve vers un couvent fantasmé où tout serait parfait. Henry Rackham, le frère aîné de William, qui aurait dû succéder au père, s’il n’avait été aussi… religieux. Henry c’est l’exemple même de la lutte entre le corps et l’esprit, telle que se la représente la religion : corps impur, appétits animaux, face à un esprit qui aspire à la pureté et l’éternité, bla bla bla. Et Henry, pour son malheur, est attiré par Emmeline Fox, veuve très pieuse, qui œuvre activement dans la Société du Secours pour « sauver » les prostituées et les ramener à des carrières plus « honnêtes ».  Le frère de William est donc en perpétuelle lutte contre son attirance charnelle pour Emmeline, alors même qu’il envisage de devenir pasteur.

Dans ce roman, il ne s’agit donc pas seulement de Sugar, mais bien de tous ces personnages, tous en quête de paix, d’identité, ou de pouvoir, de richesse, de sécurité matérielle et affective. Et ceux des personnages qui nous agaçaient au début du roman, nous sont plus attachants par la suite, et l’on voudrait qu’enfin ils puissent parvenir à un semblant de paix, de bonheur. Au contraire, d’autres, comme William, qui semblaient plus ou moins sympathiques au premier abord, se révèlent, au fil des rebondissements, veules, lâches ou puérils. Faber développe une intrigue qui n’a rien de vraiment surprenant, mais qui nous prend et ne nous lâche plus. Car tous ces personnages nous intriguent. On voit Sugar se rendre indispensable à William, puis, petit à petit devenir un simple « outil » de travail pour le chef d’entreprise ambitieux. De femme calculatrice, la rage de s’en sortir chevillée au corps, elle se révèle  un être qui ne cherche en fait qu’une sécurité matérielle mais surtout, surtout, un lien affectif, l’appartenance à une famille. Sugar a de fait un désir, besoin, d’amour, au final. Agnès lutte pour briller en société et garder un semblant de sanité, pour être de nouveau une femme admirée.

N’ai-je donc que des éloges à faire à ce roman ? Non, bien sûr. Car j’ai trouvé parfois quelques longueurs, et puis la fin m’a laissée sur ma faim. Mais, sinon, une lecture riche, palpitante, dont le maître mot sera  la sensualité. Sensualité au sens de sexualité (certaines scènes choqueront probablement les plus sensibles), mais aussi  de sensibilité (car Faber fait appel à tous nos sens pour nous promener dans ce Londres de la reine Victoria) : odeurs des rues, vétusté, saleté, conditions de vie (survie ?) des prostituées, méthodes de contraception et j’en passe. Plus d’une fois on se prend à plisser le nez de dégoût.

Un livre donc que je vous conseille vivement, pour tout ce qui précède, et plus encore.

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K
<br /> <br /> Je l'avais mis dans un challenge un moment donné... Le nom de la rose, je pense.  Bien entendu, je ne l'ai pas lu.  Mais tu vas peut-être réussir à me convaincre!<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> c'est vraiment très bien comme bouquin. Dépaysant, et malgré quelques longueurs, il se lit très vite.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> <br /> Non, j'en ai eu très envie à l'époque mais il était en grand format, très cher pour le petit nombre de pages et ensuite, l'envie s'est émoussée. Cela dit, je pense que le niveau est très<br /> en-dessous.<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> OUi, j'ai lu des critiques assez négatives, mais en même temps, ça me tente bien...si il est à la bib, je crois que je le prendrai. Histoire de me faire mon propre avis.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> <br /> J'avais adoré ce roman dont tu parles si bien et tu m'as replongé dans l'ambiance. Je l'avais lu avant mon blog, ce qui explique que je n'ai pas fait de billet.<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> C'est vraiment une ambiance particulière... j'ai très envie de lire le livre sorti par la suite Contes de la rose.... tu l'as lu?<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> Il m'attend sur ma PAL celui là aussi mais le nombre de pages m'arrête à chaque fois... Bonne semaine.<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> je te comprends! moi aussi, le côté pavé m'avait empêchée de le lire plus tôt: on a toujours envie d'avoir beuacoup de temps pour ce genre de romans!<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> <br /> Je l'ai lu également en VO (ma chronique si jamais ça t'intéresse : http://aventuresheteroclites.wordpress.com/2010/04/03/michel-faber-the-crimson-petal-and-the-white/)<br /> et malgré quelques longueurs et parfois une tendance à la provoc' gratuite, j'en ai gardé un souvenir de lecture très intense.<br /> <br /> <br /> Un style travaillé, malicieux, Faber sait captiver le lecteur. Si tu as aimé ce titre alors je te conseille "Misfortune" de Wesley STACE, que j'ai adoré.   <br /> <br /> <br /> x<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> J'ai entendu parler de Stace, mais je n'ai encore jamais lu... à voir donc puisque tu le conseilles!<br /> <br /> <br /> <br />

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