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Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Scintillation

Publié par Choupynette de Restin sur 4 Avril 2012, 06:38am

Catégories : #Ma bibliothèque

John Burnside, l'auteur de ce roman, est écossais et apparemment plein d'humour dans le civil. On ne peut pas dire la même chose de son oeuvre!

Scintillation, c'est l'histoire d'une ville et de ses habitants. Surtout ceux de l'Intraville. Dans l'Extraville, les riches vivent  bien tranquillement. Cette agglomération presque totalement coupée du monde n'a comme d'autre horizon que celui de terrains en http://media.paperblog.fr/i/476/4760345/scintillation-john-burnside-L-hHcWbE.jpegfriche, gorgés de polluants laissés par l'usine chimique désormais désaffectée. Les gens meurent de diverses maladies, dont certaines inconnues. Dans l'indifférence générale et résignée de ses habitants hypnotisés par leur télévision. Depuis quelques années, de jeunes garçons disparaissent. Sans que personne ne s'en émeuve vraiment, sans que la police, en la personne de son unique membre, Morrison, ne fasse quoi que ce soit.

La quatrième de couverture affirme que c'est un chef d'oeuvre. Peut-être. Un chef d'oeuvre de désespérance, alors! J'ai rarement été "plombée"  à ce point par un roman. Ceci dit, je l'ai lu très vite, agrippée par le récit, qui alterne les points de vues, la voix de Léonard, 15 ans, étant celle qui revient le plus souvent. Ce jeune homme dont le père est en train de mourir silencieusement, avec résignation comme tant d'autres dans l'Intraville, est une exception. Il veut vire, comprendre le monde, il s'interroge et se passionne. Il lit. Léo est un grand lecteur, il  dévore les classiques, Moby Dick et Proust notamment. Les passages sur sa passion de la lecture sont les seules bouffées d'oxygène dans un récit étouffant, poisseux, qui semble vouloir absorber son lecteur dans la fange pestilentielle de l'usine chimique. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le cas de Thomas à Kempis est cité plusieurs fois dans le roman. Le moine augustinien allemand aurait été enterré vivant, c'est en tout cas ce qui fut supposé quand le corps fut déterré, puisqu'il avait des échardes sous les ongles*.

j'ai rarement été aussi physiquement imprégnée de l'ambiance d'un roman. La seule autre fois, je pense, fut lors de ma lecture de La fenêtre panoramique de Richard Yates. Burnside a le talent de faire ressentir à son lecteur ce que vivent ses personnages, de créer une ambiance particulière, prégnante. Il nous parle d'un monde en déréliction, qui s'auto-détruit pour le profit, du fossé immense (au propre comme au figuré) entre riches et pauvres, de misère humaine, de violence. Et de l'espoir, infime qui peut exister dans un tel contexte.

Sans avoir aimé cette lecture, ni l'avoir trouvée éblouissante ou magnifique, je reconnais la force du récit, sa puissance évocatrice et les questions qu'il pose sur nos sociétés. Mais je ne relirai pas tout de suite Burnside.

 

"C'est comme ça que marche le monde. Les méchants gagnent et les autres font semblant de ne pas avoir remarqué ce qui se passe, histoire de sauver la face.  C'est dur d'admettre qu'on a aucun pouvoir, mais il faut s'habituer à cette idée. Ça sert à ça l'école bien sûr. C'est la pour nous former à la discipline vitale de l'impuissance. Évidemment le contraire de l'école, c'est les livres. Moi j'adore les livres mais je n'ai pas les moyens de m'en acheter."

 

"il a commis une infraction trop grave pour qu'elle reste impunie, la pire forme d'infraction dans laquelle la ville est enlisée depuis des décennies: le péché d'omission, le péché qui consiste à détourner nos yeux. Le péché de ne pas vouloir savoir; le péché de tout savoir et de ne rien faire. Le péché de connaître des choses sur le papier mais de refuser de les connaître dans nos coeurs. Tout le monde connaît ce péché-là. Il suffit d'allumer la télé et de regarder les nouvelles. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut essayer d'aider les gens en Somalie ou d'arrêter le massacre des forêts tropicales, simplement on n'éprouve absolument plus rien si ce n'est un vague sentiment d'inconfort ou de gêne quand on voit les arbres déchiquetés et les coulées de boue, ou les enfants amputés dans les hôpitaux de campagne - et c'est impardonnable de poursuivre sa vie pendant que ces choses-là arrivent quelque part. C'est impardonnable."

 

"C’était la ville qu’il fallait démolir, l’Intraville et l’Extraville, les alignements d’immeubles et les villas, les pauvres et les riches, tout. Il fallait tout abattre et tout recommencer. Alors les gens pourraient commencer à s’en aller plus loin, à s’en aller dans le monde pour éduquer les autres, allant de place en place, ramenant le plaisir d’être en vie."

 

* il semblerait d'ailleurs que ce soit pour cette raison qu'il n'a pas été canonisé: un saint n'aurait pas combattu la mort ainsi...  

 

 

Scintillation est le premier d'une série de cinq romans écossais que je lirai dans les prochains mois, pour participer au non officiel prix Kiltissime organisé sous le kilt manteau par Cryssilda.

kiltissime.jpg

Commenter cet article

Lystig 13/04/2012 23:51


je suis tentée !!!

Choupynette de Restin 16/04/2012 14:48



tu es prévenue!! :)



Karine:) 10/04/2012 04:47


Cryssilda m'en a tellement dit de bien que je le tenterai hein.. Peut-être pas tout de suite mais quand je serai plus positive!

Choupynette de Restin 10/04/2012 19:52



il faut vraiment avoir bon moral, je crois!!



Liliba 09/04/2012 17:27


Pas certaine de le lire, mais je trouve la couverture absolument magnifique !

Choupynette de Restin 10/04/2012 19:50



oui, belle et en même temps oppressante.



Alex-Mot-à-Mots 08/04/2012 18:14


Je partage ton avis : c'est plutôt plombant comme chef d'oeuvre.

Choupynette de Restin 10/04/2012 19:53



oui!! a lire quand on a bon moral!



Morgouille 07/04/2012 14:36


Coucou Choupynette ! Je tombe sur ton blog au hasard... des blogs, et j'en suis bien contente ! J'ai acheté La maison muette en attendant que Scintillation sorte en poche...
Curieusement, alors que tout le monde a peu l'air de craindre que ce ne soit vraiment trop plombant, ce que tu en dis me donne juste envie de plonger la tête la première dans l'univers de
Burnside ! L'ambiance capable d'imprégner complètement le lecteur dans le genre pas très joyeux non plus, ça me fait penser à Désolations de David Vann ! =)

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