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http://letourdunombril.files.wordpress.com/2013/05/14533141.jpg?w=119&h=231Écrivain, ancien professeur de philosophie, Ollivier Pourriol a été, pendant un an, un fantôme chroniqueur sur le plateau du Grand Journal de la chaîne cryptée Canal+. Ce roman retrace, exclusivement sous la forme de dialogues reconstruits, cette année passée au coeur d'une des émissions les plus populaires du paf.

Mais que vient faire un philosophe (ce qu'était déjà d'ailleurs son prédécesseur Ali Badou) dans cet émission d'infotainment (terme barbare pour dire qu'on ne fait ni de l'info, ni du divertissement, mais une chose un peu bâtarde où Emma Bovary de Balzac  (sic) le dispute à BHL en éternel invité)? Était-il si naïf qu'il le prétend, Ollivier Pourriol, quand il accepta de participer au Grand Journal?

Pour le lecteur qui connaît un peu le GJ, pas vraiment de surprise. Des égos qui s'affrontent sous le regard reptilien du super-prédateur, aka Michel Denisot ; des invités soit livrés en pâture à une meute méprisante soit méthodiquement caressés dans le sens du poil ; le tout entre les sacro-saints tunnels publicitaires et bien sûr méticuleusement revu au montage. Histoire que les parties trop "intellectuelles" soient expurgées...cela rappelle assez le fameux "temps de cerveau disponible" d'un certain Etienne M. C'est le cas notamment d'un échange entre Ariane Massenet et David Cronenberg sur la psychanalyse et les symboles. Ca s'est le côté "On".

Côté "Off", Pourriol décrit les silences, les rédacteurs en chef qui ignorent les chroniqueurs, les petits trucs donnés par les techniciens pour lui apprendre à s'imposer, imposer sa parole pour éviter d'être coupé au montage. Ce sont les producteurs expliquant que l'émission est là pour dire à l'audience quoi penser, l'interdiction formelle de parler de poètes morts, les répliques parisiannistes ("S'il trouve plus important de faire un meeting bouseux en province [que de venir à notre émission], il faut qu'il change de métier") etc. Le Off c'est aussi le silence de la rédaction et des managers sur le renvoi de Pourriol, qui l'apprend... sur internet ; c'est l'hypocrisie du bilan de son passage à l'émission ("on aurait dû te parler plus tôt. Je suis désolé, c'est une rencontre qui n'a pas eu lieu... Il y a beaucoup de positif pour toi, quand même").

Evidemment, on peut se dire que Pourriol crache dans la soupe qui l'a si bien rémunéré pendant un an (10 000€/mois - pour un débutant c'est pas mal, non?). Et d'ailleurs, mis à part l'argent, on ne sait pas trop, finalement, ce qu'il l'a fait s'entêter à rester.

Ce n'est bien sûr que sa version des faits, mais bizarrement j'ai plutôt tendance à le croire...surtout quand le producteur de l'émission affirme quasiment dans la même phrase que Pourriol a forcément enregistré les conversations pour que ce texte soit si précis, puis qu'il ne reconnaît absolument pas l'émission dans le livre de son ancien chroniqueur...

Plaisante et très rapide à lire, cette comédie (c'est le sous-titre) est édifiante (même si elle ne m'a pas appris grand chose sur une certaine télé). Elle a aussi le mérite de m'avoir fait découvrir un très beau poème de Prévert, Aujourd'hui.

Deux interviews de l'auteur: sur Télérama et sur 20minutes.

Tag(s) : #Ma bibliothèque
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