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Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Le joueur

Publié par Choupynette de Restin sur 8 Janvier 2011, 17:18pm

Catégories : #Ma bibliothèque

Il y a beaucoup de choses à, si ce n'est détester, du moins à ne pas aimer, dans ce très court roman (d'un point de vue "dostoievskien" en tout cas) d'à peine 190 pages (dans mon édition Livre de poche). Oui, beaucoup de choses qui m'ont fait dire à une consoeur (elle aussi plongée dans les affres des lectures de ce cher Fedor Mikhaïlovitch) que j'avais envie de frapper le narrateur, Alexis Ivanovitch, voire carrément d'abandonner cette lecture languissante et par http://www.decitre.fr/gi/36/9782253011736FS.gifmoments franchement exaspérante. Mais, chers lecteurs, ne vous arrêtez pas en bon chemin. Ne vous dites pas, "vu le début du billet, je passe mon tour". Non, car finalement, même si ce fut laborieux, c'est une lecture très intéressante que celle du Joueur.(Bon, OK, j'avoue, intéressant après-coup. Car pendant...)

Alexis Ivanovitch est précepteur pour les enfants d'un général Russe qui réside avec sa suite dans une ville d'eau Allemande Roulettenbourg (!!). Il ya Pauline, la belle-fille du général (la fille de sa défunte femme), que le "héros" aime et déteste tout à la fois. Il y a Des Grieux (oui, comme dans Manon Lescaut), un Français dont on ne sait si il est vraiment marquis comme il le prétend, mais qui en tout cas tient le général par les ***: il lui a prêté de très grosses sommes d'argent pour lesquelles les domaines du Russe ont été entièrement hypothéqués. Il y a également Mademoiselle Blanche de Cominges et sa mère, prétendument riches, au passé un peu trouble, et dont le général est follement amoureux (de Blanche, pas de la vieille rombière, hein). Il y a aussi Mr Astley, un riche Anglais, qui est dans le sucre. Et puis, il y a un personnage remarquable, qui même absent pendant la première partie du roman est d'une importance capitale pour tous ces personnages: la tante du général, richissime, dont on attent - espère - la mort rapide. Question d'héritage, vous comprenez.

Et dans cette ville, il y a ... un casino, et la roulette. Cette roulette qui fascine et obsède.

Deux thèmes sont centraux dans ce roman: l'amour et le jeu. Et ils en commun une chose: le fait pour Alexis de s'en remettre au hasard ou au bon vouloir d'une femme (Pauline) pour décider de son destin.

Pendant les 100 premières pages, il faut bien le dire, j'ai eu du mal. Parce qu'Alexis est un personnage qui n'a rien d'aimable, d'attachant, qui se perd dans un amour de type maître-esclave avec la jeune et belle Pauline, femme orgueilleuse, méprisante et mystérieuse. Une femme qui cache un secret que le narrateur veut à tout prix découvrir. Et pendant cette première partie du roman, le narrateur ne joue en fait qu'une fois. Pour Pauline. On sent bien qu'il a en lui cette fascination pour le jeu, mais elle ne se manifeste pas réellement. Le seul personnage qui va se perdre dans la roulette, c'est la tante, Antonida, vieille femme excentrique dont l'avenir de toute la famille dépend. Elle prend goût au jeu et perd des sommes colossales sous les yeux du général qui voit son héritage réduit d'autant. Avec Antonida Vassilievna, on assiste à la spirale infernale du jeu, de la folie qu'il crée; jouer pour gagner, le frisson du risque, puis jouer "pour se refaire".

Alexis lui aussi finira par jouer, pour se sentir un homme, pour aider Pauline aussi. Et il gagnera une somme colossale. Qu'il jettera par la fenêtre, ou plutôt dans les mains de Mademoiselle Blanche, qui une fois la fortune du générale partie en fumée, se rabattra sans un battement de cil sur le "nouveau riche" Alexis. En 3 semaines, deux cent mille francs sont ainsi utilisés par Blanche la vénale, la profiteuse pour s'établir à Paris.

Finalement, le gain fabuleux n'aura donné lieu qu'à de l'ennui et de la mélancolie pour Alexis. Qui repartira bien vite dans les villes allemandes, où ils sera réduit à l'état de domestique pour pouvoir manger... et retourner jouer.

Dans ce roman aux personnages a peu près tous pathétiques, l'enjeu est une certaine idée de la vie et de l'amour. Et la capacité d'un être pourtant intelligent comme Alexis à se laisser prendre dans l'engrenage du jeu jusqu'à la frénésie, l'oubli total de soi, des autres et du monde extérieur.

Ainsi Astley le dit-il à Alexis: "vous avez non seulement renoncé à la vie, à vos intérêts personnels et aux sociaux, à vos devoir de citoyen et d'homme, à vos amis (et vous en aviez pourtant); vous avez non seulement renoncé à tout objectif hors de gagner au jeu, vous avez même renoncé à vos souvenirs. [...] Vos espoirs, vos désirs les plus essentiels actuellement, ne vont pas au-delà de pair et impair, rouge, noir, la douzaine du milieu etc." (p186). Le jeu a tout prix. Et finalement, l'argent n'est pas le but. Le frisson, la gloire, la sensation d'être autre, supérieur sont essentiels. Le moteur de l'obsession. 

Il reste difficile à comprendre, ce besoin (?) de laisser au hasard (ou à un autre individu) le pouvoir sur votre vie. C'est pourtant ce que fait Alexis. C'est ce qui me l'a rendu antipathique. Et en même temps, intriguant.

Le style de Dostoïevski en lui-même ne me plaît pas plus que cela, mais il faut bien le dire: cela se lit bien. C'est vraiment Alexis qui rend la lecture laborieuse avec ces sempiternels atermoiements et larmoiements. Son exaltation, et ses interrogations désespérées sur sa relation avec Pauline. Il est vraiment exaspérant.

Un livre intéressant , malgré tout cela, car, pour qui sait que Dostoïevski fut lui aussi esclave du jeu dès sa jeunesse, on sent du vécu, l'angoisse et l'exaltation, la misère, l'espoir fou et inutile qu'avec ce dernier florin, au fond de sa poche, peut-être...Mais il ya aussi du vécu dans la (pseudo?) relation qu'Alexis entretien avec l'orgueilleuse Pauline: Dostoïevski a aimé une femme semblable, nommée Apollinaria Souslova (surnom...Paulina). Même rapport de soumis/dominant, mélange d'amour et de mépris.

Finalement, c'est un livre très intéressant, une fois qu'on l'a lu et qu'on revient sur sa lecture. Moi qui croyais encore à la page 100 faire un billet négatif, je me rends compte que j'ai finalement bien aimé cette lecture. Etrange ,non?

Je ne sais pas si je vous aurais malgré tout donné envie de lire Le joueur, mais pour ceux et celles que cela intéresse, il peut voyager. Il est court, et semble être une excellente introduction à l'oeuvre de Dostoïevski.

http://storage.canalblog.com/66/84/341021/60455702_p.jpgCe livre fut lu in extremis dans le cadre de La semaine Russe organisée par Cryssilda et Emma. Il faut aussi partie d'Une année en Russie de Pimpihttp://img.over-blog.com/300x163/2/34/88/73/Images-diverses---tags/LogoUneAnneeEnRussie.JPG

Commenter cet article

GeishaNellie 25/01/2011 18:27



Je reste encore mitigée sur cette lecture. Elle ne m'a pas découragé de cet auteur, mais malgré tout elle m'a laissé froide. Je n'ai jamais eu le goût de l'abandonner, mais il est vrai que le
personnage principal n'est guère attachant. Je suggérais de commencer par un autre livre de cet auteur.



Choupynette de Restin 28/01/2011 19:36



c'est sûr que le personnage principal n'est pas du tout attachant! je suis tout à fait d'accord avec toi!!!


cela dit, après ma lecture difficile, je me surprend à dire que je suis contente de l'avoir lu, ce bouquin!



lucie 10/01/2011 11:11



bein moi c'était : "à quoi sert le jeu ?" argh



Choupynette de Restin 10/01/2011 11:46



ah oui... carrément... le mec qui a proposé le sujet devait être en thérapie pour cause d'addiction aux jeux probablement!! ;)



Hélène 10/01/2011 09:21



Je l'ai trouvé très abordable pour un Dostoievski, le thème est abordable ainsi que le style. Un très bon souvenir pour moi !



Choupynette de Restin 10/01/2011 11:08



ce n'est pas le style tant que le personnage qui m'a donné du fil à retordre. Mais je ne regrette pas une seconde cette lecture!



lucie 09/01/2011 21:34



oh ça me rappelle un sujet de culture générale au concours d'entrée à l'école nationale de la magistrature. Le jeu ne m'avait pas porté chance, ni beaucoup inspiré, il faut dire que je n'avais
pas lu ce roman non plus...



Choupynette de Restin 10/01/2011 11:09



ah, des fois, les sujets de culture Gé sont difficiles... Au grand écrit de science po j'ai eu "La morale est-elle l'excuse des faibles"...



Karine:) 09/01/2011 21:13



Ah mais quel billet!  Le pire, c'est que tu m'as donné envie de le lire, malgré ton début de billet!



Choupynette de Restin 10/01/2011 11:09



mais oui!!! je dois dire que ce fut très difficile au débtut mais finalement, je me rends compte que j'ai bien aimé ce roman!! incroyable!



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