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Y'a d'la Joie!

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Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


La sonate à Kreutzer - Léon Tolstoi

Publié par Choupynette de Restin sur 28 Juin 2014, 10:39am

Catégories : #Ma bibliothèque

http://www.devoir-de-philosophie.com/images_fiches_de_lecture/6782.jpgPour cette rencontre de juin du club de lecture toulousain, nous avions choisi, coquines que nous sommes, le thème de l'adultère. La littérature offre un choix pléthorique. J'ai choisi de lire une nouvelle de Léon Tolstoï, La sonate à Kreutzer.

Dans cette oeuvre, un narrateur anonyme raconte sa rencontre lors d'un voyage en train avec Pozdnychev, un aristocrate de la campagne ayant assassiné sa femme par jalousie. Pozdnychev relate dans tous ses détails son histoire à la fin tragique.

Ce texte est un long monologue dans lequel Pozdnychev passe de ses considérations sur le mariage, les femmes ou encore l'amour avec une certaine fébrilité par moments, de la colère aussi. Et beaucoup de dégoût pour sa personne et la société. Le mariage comme "prostitution légalisée", le pouvoir des femmes qui "se vengent" des hommes par la sensualité, le sexe et la dépravation comme une norme sociale ignominieuse. Pozdnychev explique et dévoile ses théories: la société a fait de lui un homme dépravé, sa femme en le trompant avec un musicien (ils joueront ensemble la fameuse sonate du titre) fera de lui un assassin.

Voilà un texte qui peut laisser perplexe. Les thèses du narrateur sur les femmes donnent par exemple autant envie de jeter le livre par la fenêtre que de s'exclamer "mais oui, c'est exactement ça!". Florilège:

"Le lycée et les universités n'y peuvent rien. La seule chose qui puisse changer àa, c'est le changement du regard de l'homme sur la femme, et des femmes sur elles-mêmes.  (jusque là plus ou moins d'accord avec toi Léon), Ca ne changera que quand la femme tiendra l'état de vierge pour la plus noble des situations, au lieu de tenir, comme maintenant, l'état le plus noble de l'être humain pour une honte, une opprobre" tsss mollo sur la vodka et la lecture intensive de la bible (en même temps?)). "Une femme atteint tout ce qu'elle peut souhaiter lorsqu'elle a ensorcelé un homme."

"Où est ce pouvoir [des femmes]? Mais partout , dans tout. Allez dans n'importe quelle grande ville, faites le tour des magasins. il y a là des millions, la somme des travaux qui ont été mis là-dedans est incalculable, et voyez dans les neuf dixièmes de ces magasins, y a-t-il quelque chose pour les hommes? TOut le luxe de la vie est exigé et entretenu par les femmes. [...] Des millions de gens, des générations d'esclaves périssent dans les fabriques à ce travail de galériens uniquement pour satisfaire aux caprices des femmes. Les femmes comme des reines, tiennent en esclavage, soumis à un pénible labeur, les neuf dixièmes du genre humain. Et tout ça, parce qu'on les a humiliées, privées des droits égaux à ceux des hommes. alors elles se vengent en agissant sur notre sensualité, en nous emprisonnant dans leurs filets." Et ainsi de suite.

 

Tolstoï décrit une société hypocrite, malsaine dont son personnage principal est l'archétype. Son texte sous certains aspects m'a rappelé des passages du Monde d'hier de Zweig, quand il évoque l'hypocrisie d'une société où la prositution est un passe-temps normal pour un jeune bourgeois/aristocrate, où la féminité des demoiselles et des dames est exacerbée par toutes sortes d'artifices vestimentaires et où la pruderie règne en maître et certaines jeunes filles arrivent au mariage complètement ignorantes de ses réalités physiques. Alors évidemment, quelle solution? mais l'abstinence totale bien sûr! Et l'extinction de la race au final. Amen.

Evidemment, avec de tels propos, on ne peut pas en 2014 être d'accord avec Pozdnychev, en tout cas avec 99% de ce qu'il dit. Du coup, la lecture peut parfois être sacrément énervante. Mais là où elle devient presque fascinante, c'est quand se déroule devant nos yeux l'engrenage mortifère de la jalousie. Par moments je me suis demandée si vraiment sa femme l'avait trompé avec le musicien. Car dans ses descriptions on sent des incohérences. Mais ce que l'on voit surtout c'est la folie qu'est la jalousie, ce monstre qui dévore de l'intérieur son hôte et le pousse au pire.

C'est un texte très riche que propose Tolstoï, et même si il est difficile de savoir ce qui est vraiment de ses théories et ce qu'il a inventé pour son personnage, c'est une lecture qui ne laisse pas indifférent. Elle a d'ailleurs beaucoup fait parler d'elle à sa publication en 1890 (ou 89), et a blessé son épouse Sofia qui écrivit en réponse A qui la faute?, un roman qui évoque le même sujet mais du point de vue de la femme.

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Karine :) 12/07/2014 23:20


Tout à fait!  Impossible de ne pas être énervé en lisant ce roman... mais c'est fou la fascination, pareil. 

zarline 28/06/2014 20:17


Après une lecture très pénible de Guerre et Paix il y a quelques années, je crois que j'en ai fini avec ce cher Tolstoi. Peut-être que je ferai une exception pour Anna Karénine mais pour ce qui
est de cette sonate, en lisant ton billet je sais que les théories sur les femmes, qui m'avaient déjà tellement énervée, ne vont pas passer. Tolstoi ne devait vraiment pas être un
bout-en-train 

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