Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


La fenêtre panoramique - Richard Yates

Publié par Choupynette de Restin sur 6 Décembre 2010, 12:07pm

Catégories : #Ma bibliothèque, #coups de coeur

April et Frank Wheeler forment un jeune ménage américain comme il y en a tant : ils s'efforcent de voir la vie à travers la fenêtre panoramique du pavillon qu'ils ont fait construire dans la banlieue new-yorkaise. Frank prend chaque jour le train pour aller travailler à New York dans le service de publicité d'une grande entreprise de machines électroniques mais, comme April, il se persuade qu'il est différent de tous ces petits-bourgeois au milieu desquels ils sont obligés de vivre, certains qu'un jour, leur vie changera... Pourtant les années passent sans leur apporter les satisfactions d'orgueil qu'ils espéraient. S'aiment-ils vraiment ? Jouent-ils à s'aimer ? Se haïssent-ils sans se l'avouer ?... Quand leur échec social devient évident, le drame éclate.

Grâce à Amanda, j'ai pu lire le roman dont est issu le film Noces rebelles (c'est à se demander où ils vont les chercher, des fois. Ne pouvaient-ils pas reprendre le titre français du roman?) chroniqué dans ces pages  et beaucoup apprécié. En relisant le billet consacré au film, je me rends compte que Mendes a impeccablement retranscrit l'oeuvre de Richard Yates, car ce que j'ai ressenti à la vision du film est quasiment identique à ma lecture. A ceci prêt que cette lecture s'est écoulée sur beaucoup plus de temps. Et pendant la première partie du roman, où Yates pose le décors, j'ai eu l'impression de m'enliser dans le mal-être de ce couple, leur amertume, leur orgueil mal placé. J'ai connu des moments de doute, d'ennui par la suite, mais j'ai été fascinée par la vacuité de leurs discours désespérés pour se prouver à eux-mêmes qu'ils pouvaient exister, être et surtout prouver qu'ils sont supérieur aux autres. L'impression qui est la plus forte c'est que ces gens, Frank et April mais aussi les personnages sont en représentation permanente. Et la scène d'ouverture, la représentation catastrophique d'une pièce de théâtre où joue April semble être la métaphore du désastre à venir. Et le plus terrible, c'est que cette représentation n'est pas uniquement pour les autres, mais aussi - et peut-être surtout - pour soi-même. Ce  jeu pousse alors certains personnages dans des schémas de comportement et des actions dont ils s'aperçoivent par la suite qu'ils vont à l'encontre de leurs intérêts. Corolaire de cette représentation, la capacité des individus à fuir la réalité, couper son sonotone en somme comme le vieux Mr Givings. Le seul qui ose la vérité, ose la parole, c'est John, fils "aliéné" des Givings, révélateur des mensonges et des lâchetés.

Jusqu'à la presque fin du roman,  je me suis fait la réflexion que c'était un roman d'hommes: les narrateurs sont tous des hommes, mis à part une ou deux petites incursions dans les pensées de Mrs Givings. Et c'est peut-être aussi parce que c'est un monde d'hommes. Un monde que les femmes doivent, paradoxalement assumer, alors même qu'elles n'ont presque jamais voix au chapitre.
Yates réussit, par une écriture certes datée (et peut-être aussi à cause d'une traduction parfois "aléatoire"), à nous faire pénétrer cet univers si particulier, ces personnages si pathétiques dans leurs douleurs, leurs illusions. Je le disais en ce début de ce billet (très long, j'espère que vous n'êtes pas totalement lachés), Yates a réussi à me sentir couler dans l'atmosphère étrange et délétère de son roman, il m'a attachée malgré tout à ses personnages, et je n'ai pas pu poser ce roman pour les 3ème et 4ème parties, en dépit de passages un peu longuets parfois.
Ce ne fut pas une lecture facile, je ne dirais pas qu'elle fut plaisante ou agréable, mais je ne peux que saluer le talent de l'auteur.

C'était une lecture commune avec Mango et Canel

Commenter cet article

dominique 16/12/2010 10:56



Oui, le film est très fidèle au roman! Et je suis bien contente d'avoir lu ce roman après avoir vu le film et non avant. le roman permet de s'attarder sur certaines scènes.


Dans l'un comme dans l'autre, la métaphore théâtrale joue un grand rôle. Ils s'enferment dans une mauvaise comédie à base d'illusions. "La fenêtre" c'est aussi une sorte d'écran à rêver. Ce titre
est bien mielleur que l'autre en effet.



Choupynette de Restin 16/12/2010 14:15



Noces rebelles... franchement.. je ne sais pas où ils sont allés chercher ça!!



maggie 11/12/2010 21:35



J'avais vraiment aimé le film... J'espère que je trouverai le temps de lire ce roman...



Choupynette de Restin 12/12/2010 18:07



Un roman vraiment prenant, un auteur de grand talent à mon sens!



dasola 10/12/2010 19:27



Bonsoir Choupynette, comme je n'ai pas adoré le film avec cette histoire un peu datée à mon goût, j'avais bien repéré le roman mais pour le moment, non merci. Bonne soirée.



Choupynette de Restin 10/12/2010 21:27



Si le film ne t’a pas plu, je doute que le roman te plaise plus… le premier étant la copie du second !



La Nymphette 10/12/2010 09:36



C'est drôle, je ne parlerais pas d'écriture datée, j'ai beaucoup aimé le style justement, car il est en grande partie ersponsable de cette sensation d'"enlisement", le terme est bien choisi! On
plonge peu à peu dans l'angoisse des personnages vouées à l'échec, voués au gagne-petit!



Choupynette de Restin 10/12/2010 16:01



par moments j'ai trouvé les dialogues très 50s quand même. C'était plutôt des expressions par-ci par-là qui me faisaient vraiment sentir que l'auteur était contemporain de l'époque qu'il
décrivait. mais cela ne m'a pas gênée. le style en lui même est excellent!



Joelle 09/12/2010 16:07



J'ai vu le film il y a peu et ça m'a donné envie de lire le livre. Et c'est bizarre parce qu'avec le film, on n'a pas l'impression que tout soit vu à travers les hommes donc je suis encore plus
curieuse de découvrir le roman maintenant !



Choupynette de Restin 10/12/2010 16:02



le film, comme je le disais, est très très bien adapté. J'ai ressenti la même chose pour le film et le roman, c'est dire!



Nous sommes sociaux !