Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Chaleur de sang

Publié par Choupynette de Restin sur 24 Mars 2012, 12:54pm

Catégories : #Ma bibliothèque, #coups de coeur

Aujourd'hui, c'est rencontre du club Lire et Délires (et gourmandises). Et comme thème nous avons choisi d'explorer la littérature russe/russophone. J'avais choisi de lire Tourgueniev au départ. Trois portraits est une courte nouvelle qui ne m'a cependant pas convaincue, même si elle n'est pas désagréable à lire. Alors, comme les copines avaient l'air de dire qu'Irène Nemirovsky, "ça déchire", j'ai fait un petit détour par la case bibliothèque. Et me voilà repartie avec Chaleur de sang, roman publié pour la première fois en 2007 après le succès de Suite française lu pour notre thème par Bluegrey et ALaure je crois. 

Chaleur de sang, c'est l'histoire, ou plutôt les histoires de ses protagonistes, à 20 ans d'écart. Colette est mariée à http://storage.canalblog.com/46/47/536764/34054064.jpgJean. Manifestement sans amour. Un soir, Jean meurt noyé. Evidemment, pour le lecteur, le doute est déjà là. Serait-ce vraiment un accident?

A la suite de cet évènement, malgré la chape de plomb qui pèse sur le village, les souvenirs, surtout ceux du narrateur, Silvio, cousin des parents de Colette, remontent à la surface.

Autant le dire tout de suite: j'ai été conquise par la plume d'Irène Nemirovsky. Pas de fioritures, pas de phrases grandiloquentes, mais une belle richesse, et surtout une sensualité (et pas uniquement au sens érotique du terme) que j'ai rarement ressentie. L'auteure, au-delà du thème assez peu original de l'adultère, évoque surtout les âges de la vie, le contraste entre jeunesse et vieillesse, les remords et les regrets, l'amour absolu, le désir qui brûle le sang et l'âme de jeunes gens. Elle nous parle de l'âge qui vient et nous change, jusqu'à nous rendre méconnaissable à nous même ("En face de moi une glace où s'encadre ma figure ridée, ma figure si mystérieusement changée ces dernières années qu'à peine si je puis la reconnaître"), alors au soir de la vie, on ne peut que se souvenir de ce que l'on a été, ce que l'on aurait voulu, rêvé être.Et finalement, l'amnésie, bien pratique, atténue la douleur de la perte des illusions.

Nemirovsky dépeint également la campagne française, où elle vécut plusieurs années. Et dans les paysages bucoliques de cette campagne, les paysans sombres, durs au mal, taiseux, ruminent, savent, condamnent en silence mais ne font rien. Car ils ne veulent pas avoir d'histoires. Des familles, des clans, qui agissent selon leurs intérêts, jamais dupes des mensonges des uns et des autres. Un fonctionnement ancestral qui ne semble pas vouloir laisser de place à la "chaleur du sang" qui brûle les veines des jeunes gens. "Dîners de ma province! Soupe épaisse dans laquelle tient la cuiller, le brochet fourni par l'étang du domaine, énorme, onctueux mais tellement farci d'arètes qu'on croit avoir dans la bouche un fagot plein d'épines. Aussi personne ne dit mot.  Tous ces gros cous penchés en avant et qui mâchent lentement, comme ceux des boeufs dans l'étable. Après le brochet, vient la première viande, une oie rôtie de préférence, puis la deuxième viande, en sauce celle-là, et son odeur d'herbe et de vin. Et pour finir, après les fromages que les convives mangent à la pointe de leur couteau, la tourtière aux pommes ou aux cerises selon la saison. Après, il n'y a plus qu'à entrer au salon et choisir dans ce cercle de jeunes filles en rose (avant la guerre toutes les jeunes filles à marier portaient des robes roses, du rose fade de la dragée au rose cru du jambon en tranches), parmi toutes ces jeunes filles, avec leur petit médaillon d'or sur le cou, leurs cheveux noués en chignon sur la nuque; leurs gants de filoselle et leurs mains rouges, la compagne de sa vie."

Un roman à la structure d'énigme à tiroirs, même si l'énigme n'en est pas vraiment une, qui se termine par des pages lancinantes et magnifiques.C'est à la fois simple, beau, cruel. C'est à lire absolument!

Commenter cet article

Karine:) 10/04/2012 04:46


J'ai beaucoup aimé ce que j'ai lu de Nemirovsky.  Du coup, si je vois celui-ci, je le prendrai!

Choupynette de Restin 10/04/2012 19:52



TU as lu quoi d'autre? Suite française?



Miss Léo 01/04/2012 14:48


J'ai beaucoup aimé Suite Française (une oeuvre très forte et très bien écrite) ! Tu me donne envie de découvrir celui-ci.


Miss Léo (blogueuse débutante)

Choupynette de Restin 02/04/2012 10:13



Bonjour la débutante!! :) lire Suite française est dans mes projets très prochains (bon c'est toujours ce que je dit quand j'ai eu un coup de coeur.. ;))



Alex-Mot-à-Mots 26/03/2012 16:24


J'aime bien sa plume, mais je trouve tout de même qu'elle tourne toujours autour du même sujet.

Choupynette de Restin 27/03/2012 17:32



comme c'est mon premier, je ne peux pas trop dire...



In Cold Blog 25/03/2012 19:59


"Simple, beau et cruel" : une jolie synthèse de l'oeuvre de Némirovsky, je trouve.


Je n'ai pas encore lu Chaleur de sang, mais en dé&but d'année, je me suis fait un petit plaisir en m'offrant ses oeuvres intégrales parues à la Pochotèque. Alors je sais que
celui-là, et bien d'autres, n'attendent plus que mon bon vouloir.

Choupynette de Restin 26/03/2012 11:16



ahhh... les oeuvres complètes! Bluegrey m'a donné très envie de lire maintenant Suite française.. c'est en tout cas un gros coup de coeur pour moi que cette lecture.



Anjie 25/03/2012 19:36


Irène a fait l'unanimité 

Choupynette de Restin 26/03/2012 11:17



absolument, et à juste titre!!



Nous sommes sociaux !