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Y'a d'la Joie!

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Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Warriors: l'enfer pavé de (bonnes) intentions

Publié par Choupynette de Restin sur 25 Octobre 2006, 13:18pm

Catégories : #Petit & grand écran

A l'heure où l'on vient d'enterrer Anna Politkovskaia, qui dénonçait la guerre en Tchétchénie et la très difficile retour à la vie civile des soldats russes, le film Warriors, de Peter Kominsky nous remémore, s'il en était besoin, la guerre de Yougoslavie au début des années 90. Dans ce film qui flirte avec le documentaire, nous suivons les six mois de soldats britanniques envoyés sous mandats de l'ONU dans le secteur de Vitez, en Bosnie centrale. Certains sont plus expérimentrés que d'autres. Mais tous vont vivre un déscente aux enfers.

Plusieurs thèmes sont mis en exergue: le mandat des Nations Unies et son inéfficacité. Les dialogues démontrent l'absurdité toute kafkaïenne de la situation: il faut aider ces populations, mais seulement les blessés, et, même devant l'imminence évidente d'un nettoyage ethnique, les casques bleus doivent rester les bras ballants, ils ne peuvenet agir qu'après coup, si vous me permettez cette expression. Une situation révoltante, qui mènent les soldats à des actes de "rebellion" vis-à-vis de l'autorité, parfois avec succès, parfois sans. La guerre ensuite, qui n'est pas le sujet principal du film. On constate avec horreur, l'ampleur de la barbarie, les hommes crucifiés au mur de leurs maisons, les massacres organisés et perpétrés pendant la nuit, avec les voisins aux fenêtres, observant leurs vis-à-vis brûler vifs dans les brasiers que sont devenues leurs maisons. La rage et le désespoir des soldats qui, ayant sympathisé avec la population, ne peuvent que constater impuissants les tueries. Mais le véritable sujet de ce film se sont les soldats eux-mêmes, ces Warriors, à qui l'on interdit de se battre. Leur impuissance et leur incompréhension face à une situation qui leur est totalement étrangère ne font qu'aggraver leur révolte. Des scènes sont particulièrement violentes et traumatisantes, et ne laissent pas le spectateur lui-même indemne. Et puis c'est le retour au pays. Et ces soldats démobilisés sont llivrés à eux-mêmes, incapables d'évacuer leur rage et leur culpabilité. Dès lors, leur frustration, euphémisme s'il en est, ils la reportent sur leur environnemenet direct. L'un bat sa femme, l'autre invective des passants, un autre encore manque de se suicider. Tous sont incapables de retrouver une vie normale après les horreurs vues.

Il aura fallu plus de six ans au réalisateur Kominsky pour réaliser ce film. Les autorités étaient au départ très rétissentes, et n'ont rien fait pour l'aider dans son oeuvre. Kosminsky qui avait déjà tourné des documentaires et des fictions sur les conflits au Cambodge, en Afghanistan et en Centre-Afrique dit avoir été particulièrement impressionné par l'intensité des sentiments manifestés par le soldats, par la violence de leurs émotions en évoquant certains scènes, en revivant des atrocités :

 

" Ils étaient très perturbés, ils s'effondraient et pleuraient tout le temps. " Il semble que la passivité à laquelle ils étaient contraints, ait eu des effets beaucoup plus ravageurs que toute expérience lors d'autres conflits.

 

 

Un film qui nous rappelle qu'actuellement des milliers de soldats sont envoyés sous mandat de l'ONU, dans des conditions invraisemblables, et sans véritables moyens d'accomplir la mission pour laquelle ils ont été envoyés, pour soulager la conscience de nos grands pays.

 

 

Commenter cet article

C
Merveilleux commentaire.Un chef-d'oeuvre d'analyse! Je n'aurais qu'un mot: brilliant!<br />  
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C
Merci... tu vas me faire rougir!
T
Euh...oui, je me doute que le célibat finit par passer un jour.<br /> Mais bravo : je te nomme Attachée de Presse Officielle de l'Amour. :-)
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C
Mère Gaëlle a eu une promotion!! ;-)
G
Comment ça Thom "je commence à me demander si les blogs amis sont vraiment des blogs amis ?"...T'inquiète, le célibat, un jour ça passe, c'est comme une maladie, on se lève un matin et on est guéri. Parce que la vie a plus d'imagination que nous. Tout simplement.A part ça, c'est vrai que "Needful Things" est un bien meilleur titre...SInon pour Bazaar, merci, Carl, pour cette explication qui me paraît aussi très possible. Bonjour aussi, au fait ! Et ce film dont tu parles, je ne connais pas non plus mais j'aime beaucoup Barbara Hershey.
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T
Ca fait un bail, déjà !
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T
Carl, ta théorie du changement de titre me paraît en effet crédible. C'est sûr qu'en français, "Bazaar" accroche beaucoup plus comme titre (d'autant que "Needfull Things", c'est assez difficile à traduire..."Les choses dont on a le plus besoin", ce n'est sans doute pas très vendeur !)
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C
au fait... monsieur patate a-t-il récupéré sa barbe???

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