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Thom nous a lancé un nouveau défi, un deuxième crossover des blogs littéraires et musicaux. La chose se corse
puisqu’il s’agit « d'évoquer, cette fois, une oeuvre mettant en lien, de quelque manière que ce soit, littérature et musique. »
L’intrigue de la nouvelle de Mérimée est fort simple : José, devenu déserteur de l’armée royale par amour et contrebandier en cavale tue sa maîtresse, une gitane prénommée Carmen. Voilà un scénario clair, net et précis, dont la trame se rapproche des grandes tragédies raciniennes.
On peut tout d’abord être surpris par la citation en préambule. Un vers de Palladas (poète grec du Vème siècle ap. J-C) « Toute femme est fiel ; mais avec elle on a deux bons moments, un au lit, l’autre à sa mort ». Passablement misogyne n’est-ce pas ? De fait, dans toute l’œuvre de Prosper Mérimée, la femme est « fatale ». Tout comme dans la Vénus d’Ille, rencontrer une femme, c’est trouver la mort. Alors, Carman est responsable de son propre meurtre en quelque sorte. La folie-passion qui s’est emparée de Don José, cette malédiction qui suit Carmen en fait la coupable. Mais aujourd’hui ce n’est plus comme ça que nous lisons ce texte. C’est là, à mon sens, l’ambiguïté de cette nouvelle telle que nous la voyons aujourd’hui, au prisme de l’évolution de nos sociétés occidentales.
Ainsi, Don José peut apparaître en 1845 comme le héros malheureux de cette tragédie. Jeune homme de bonne famille (mais pas bourgeois), il est poussé à sa perte par la « perfide » Carmen, gitane, femme à la vertu incertaine. Et, de fait, si l’on prend, comme la plupart des lecteurs de l’époque et des spectateurs de l’opéra de Bizet, le parti de Don José, celui-ci nous inspire de la pitié en tant que victime de la femme fatale. Grand thème à travers les siècles, la perfidie de la femme qui n’est pas sans suggérer une certaine sorcellerie. En effet, Carmen est une diseuse de bonne aventure, la sorcellerie n’est donc pas loin. Ce qui expliquerait pourquoi un homme intelligent, si bien de sa personne, tel que Don José se laisse aveuglément mener à sa perte. Et depuis le début, l’on sait que Don José sera exécuté pour le meurtre de Carmen. Celle-ci symbolise la femme pécheresse. Mauvaise. L’Eve d’après la pomme. Telle que toutes les mythologies, les légendes et les fables l’ont décrite. Les Lilith, Kâli, Diane, Circé et consorts. Les mangeuses d’hommes, les sirènes qui les attirent vers le fond des océans. La chair traîtresse qui cède à la tentation.
Cependant, et cela est peut-être dû à la lecture moderne que nous en faisons, Carmen est bien l’histoire tragique de cette femme libre jusqu’à son dernier souffle. Outrepassant les interdits de l’époque, elle veut être libre, et en meurt. Se libérant des obligations d’une société patriarcale, elle brise le tabou de la condition féminine, sa soumission permanente à l’Homme. Et c’est là le ressort de cette tragédie, au même titre que l’inceste dans Œdipe. Et briser ce tabou revient à signer son arrêt de mort, puisque dans une société dirigée par le Mâle, ce dernier juge et exécute la sentence. De fait, Don José face à la volonté farouche de liberté de Carmen, s’arroge le droit de la punir, et la tue, la qualifiant bien opportunément d’infidèle. De là, peut-être, la naissance du mythe Carmen, la femme qui au-delà de toute règle sociale sacrée ou profane, se contente d’être libre. Innocemment, sans arrière pensée. Dès lors, comment la condamner ? N’est-ce pas lui le coupable ?
Dans cette nouvelle ressort également un thème
fort, au-delà de l’amour et de la passion : la fatalité. Carmen est persuadée de sa mort prochaine ( « J’ai toujours pensé que tu me tuerais »
dit-elle à Don José), elle voit les signes funèbres partout, ce qui se traduit dans l’opéra de Bizet par le trio des cartes (acte II, scène 2), dans lequel Carmen, Fraquista et Mercédès tirent
les cartes. Carmen y tire la Mort pour elle et Don José. Et la fatalité est ainsi en permanence une ombre, tant dans le texte de Mérimée que dans l’opéra avec le thème du destin présent dès
l’ouverture comme un avertissement sinistre, chanté par les violoncelles et rendu plus rauque par la sonorité des vents et la ponctuation des timbales (que l’on entend malheureusement pas dans la
vidéo précédente).
J’en arrive donc à l’opéra de Georges Bizet. Grande entreprise qui mettra plusieurs années avant de voir le jour, le 3 mars 1875. Notamment parce qu’à
l’Opéra-Comique - le théâtre des familles, des entrevues de mariage ! - il n’est pas question de faire mourir des personnages sur scène. Cela ne se fait pas, tout simplement. Il faudra
toute la persuasion de Bizet et le soutien du directeur de l’époque du Locle pour rester au plus près de la Carmen de Mérimée.
Carmen est un opéra plein de force, une force qui s’affirme dès l’ouverture. Durant celle-ci, les divers thèmes (la fête, l’air d’Escarmillo (Toréador, prend garde), la musique de Carmen ou le Destin) sont annoncés : le spectateur ne fera pas que rire, qu’on se le dise. Ainsi que le note Théodore de Banville dans le National au lendemain des premières représentations « Au lieu de ces jolies poupées bleu ciel et couleur de rose, qui firent la joie de nos pères, il a voulu montrer de vrais hommes et de vraies femmes éblouis, torturés par la passion… et dont l’orchestre, devenu créateur et poète, nous raconterait les angoisses, les jalousies, les entraînements insensés. »
La musique de Bizet recréé parfaitement le personnage de Carmen, sa sensualité, son effronterie, son côté félin et indépendant. Le génie de Bizet aura été de
s’être servi de trois éléments distincts : l’élément folklorique (les airs hispanisants), l’élément « bouffe » (opéra-bouffe) et l’élément tragique, le dernier absorbant au
final les deux autres. Ainsi, le trio des cartes que j’évoquais plus haut, qui pourrait, au regard des paroles, avoir des inflexions humoristiques, devient avec la musique la prédiction de la fin
tragique des protagonistes.
Si la musique colle presque parfaitement à l’œuvre, les librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy ont modifié certains aspects de l’intrigue afin de
répondre aux critères de l’Opéra-Comique. Y intégrant des danses, des réparties vives, des dialogues parlés, de joyeux lurons. Ajoutant également des personnages. La mère de Don José, évoquée
dans la nouvelle devient un personnage à part entière de l’opéra sans pour autant jamais apparaître sur scène. De même, la fiancée de Don José, dont il n’est question que brièvement dans le texte
de Mérimée (une fille (pas une fiancée à proprement parler) restée dans sa région natale, et à laquelle il pense de temps en temps) prend corps sous les traits de Micaëla, la pure, dont le prénom
fait vraisemblablement référence à Saint Michel pourfendeur de dragon et adjuvant du pécheur. Avec ses nattes, à l’opposé de la chevelure désordonnée de Carmen, et sa jupe bleue, elle rappelle à
Don José quel est le droit chemin à suivre, et ses obligations. Le picador Lucas de Mérimée, devient le brillant et sémillant toréador Escamillo (dont le thème est présent dans l’ouverture).
D’autres créations telles que Faquista et Mercédès viennent compléter ce tableau.
J’ai parlé des différences entre l’œuvre originale de Mérimée et l’opéra de Bizet, je voudrais enfin vous présenter un passage du livre et sa correspondance dans l’œuvre musicale. L’air de la Habanera (l’ultra célèbre « l’amour est un oiseau rebelle ») est le portrait de Carmen. Il fait directement référence à la description de Carmen par Mérimée : Don José voit pour la première fois Carmen, et ne lui jette qu’un regard, « … mais elle, suivant l’usage des femmes et des chats qui ne viennent pas quand on les appelle, s’arrêta devant moi ». Et de même l’Amour, qui quand on ne l’attend pas vient à soi, se dérobe lorsqu’on le recherche.
Mal parti (les librettistes n’étaient pas vraiment intéressés par cet opéra, les musiciens peinaient sur les difficultés de la partition, les choristes rechignaient à chanter les ensembles en se déplaçant sur la scène), Carmen reçut un accueil mitigé à sa sortie. Trop réaliste, trop populaire, il fut longtemps méprisé par les critiques les plus élitistes. Mais c’est aujourd’hui un des opéras les plus joués dans le monde. A juste titre il me semble si l’on considère son inventivité musicale et son efficacité théâtrale.
Cette comédie irrésistible met en scène trois
femmes divorcées : Stéphanie d'Humily de Malanpry, une aristocrate qui quitte un berger ardéchois ; Mary Bybowl, une british un peu (t beaucoup) délurée mais un peu bêtasse, qui, elle, quitte un
homme de plus ; et Brigitte, la rurale...(jouée par un homme...).
Tout d'abord un groupe tout droit
venu de nos monts d'Auvergne, Cocoon, avec My friends all died in a plane crash. Je sais, le titre ne fait pas rêver, mais je vous assure, ces musiques sont sublimes. Douces, mélodiques, des
voix harmonieuses, à l'image de la couverture de l'album. Un petit bijou que je vous recommande chaudement,notamment On my way et Cliffhanger.
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