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Après Butterfly vision vu récemment, nouvelle découverte du cinéma ukrainien, cette fois-ci loin de la guerre. Le serment de Pamfir se déroule dans une région  montagneuse à l'ouest, à la frontière avec la Roumanie, dans une communauté rurale pauvre et isolée. (Attention, je parle de la fin du film!)

Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk filme Leonid, surnommé Pamfir, force de la nature, ancien contrebandier parti travailler en Pologne pour pouvoir subvenir aux besoins de sa femme et de son fils. (On comprend que c'est sur l'injonction de sa femme qu'il a promis de stopper l'activité de contrebande, et on saura le pourquoi bien plus tard dans le film.) Il rentre chez lui de manière inopinée, il avait promis à son fils de rester l'hiver, mais indique que non, alors pour qu'il reste, son fils brûle l'église. Je sais, c'est un ado, ça réfléchit pas toujours bien les ados. Pamfir se retrouve à devoir rembourser très vite les travaux nécessaires à la reconstruction du bâtiment partiellement détruit. Il décide donc de faire un voyage vers la Roumanie et passer de la contrebande (cigarettes). Problème, un mafieux local, également chef de la police (pratique) ne l'entend pas de cette oreille. Et bien entendu, cela tourne mal.

Le serment de Pamfir est un film qui oscille entre tragédie grecque et étude du folklore d'une région, vision un brin crépusculaire mais non dénuée de tendresse par certaines côtés. Il y a un aspect très animal, sensuel et sensoriel. Il a reçu une critique négative non méritée selon moi de Laurent Delmas dans l'émission cinéma d'Inter du samedi matin : il parle d'une ultraviolence que je n'ai pas ressentie (même si il y a en effet quelques scènes assez violentes, mais à l'écouter tout le film n'est que ça) et un mépris du folklore que là encore je n'ai pas vu. De même, il lui reproche presque de donner "une mauvaise image de l'Ukraine" (corruption notamment). C'est quand même assez curieux comme commentaire. Depuis quand montrer la réalité au cinéma est un défaut ? Pour moi, Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk montre surtout un homme qui tente de tenir face à l'adversité pour l'amour de sa famille, pour les sauver d'un destin potentiellement tragique.

Le serment de Pamfir est pour moi une réflexion sur les promesses non tenues. Promesse de la fin du communisme, d'un monde nouveau et heureux qui n'arrive pas, plongeant le pays dans un grande corruption, la misère qui reste présente dans ces régions trop loin des villes. La promesse d'un mari brisée... parce que celle du père n'avait pas été tenue. La figure tutélaire, admirée, en qui l'on croit, qui doit protéger, apporter le bonheur...et qui déçoit, trahit les espoirs.

On sent une culture riche, très proche de la Nature, des esprits, quelque chose de très païen. Pour moi la fin de Pamfir, et la fin du film sont une métaphore de cet ancien monde qui doit mourir pour laisser l'opportunité au nouveau (symbolisé par son fils, dont il veut absolument qu'il fasse des études) de se tourner vers un autre univers, l'Europe (ici la Roumanie, une fois la frontière franchie - frontière littérale et figurative). Seul bémol à ce geste : pour cela il faut se taire, taire ce que l'on est ou ce que l'on a été. En tout c'est cas, comme cela que je le comprends. Une nouvelle promesse donc, européenne, mais celle-là sera-t-elle tenue? 

L'image est très belle, l'émotion brute est crève l'écran, l'amour et le désespoir se côtoient. Un film douloureux et beau à la fois.

L'avis de Dasola.

Tag(s) : #Petit & grand écran, #Ukraine
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