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Y'a d'la Joie!

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Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Pivoine - Pearl Buck

Publié par Choup sur 31 Mai 2021, 03:34am

Catégories : #Ma bibliothèque

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De Pearl Buck, vous connaissez certainement Vent d'est, vent d'ouest. J'ai lu cet ouvrage il y a de nombreuses années, et si je n'en garde pas de souvenir dans les détails, je me souviens d'un excellent moment de lecture. Aussi, quand j'ai vu l'annonce de la nouvelle saison de "Les classiques c'est fantastique" de Moka et Fanny, avec comme premier thème L'invitation au voyage, j'ai cherché dans ma PAL et mon choix s'est porté sur Pivoine, autre roman de Pearl Buck qui a atterri dans ma bibliothèque un peu par hasard et grâce à ma belle-mère. Une édition de... 1948! La première donc pour ce roman en France.

En cherchant un peu sur internet, j'ai lu que ce roman narrait l'histoire d'une esclave, la Pivoine du titre, vivant au service d'une famille juive, amoureuse du fils, tout cela dans la Chine du début du XXème siècle. Que ce résumé est réducteur! Pivoine est bien plus que cela. Oui, cette jeune femme, qui a été achetée pour être la compagne de jeux du fils, David, quand ils étaient tout jeunes, a des sentiments pour l'héritier du marchand très prospère. Pearl Buck nous montre, à travers elle, le fonctionnement d'une famille avec les esclaves, la famille, et comment tout s'organise. Mais aussi les traditions juives entretenues rigoureusement par la mère, Madame Ezra. Dans ce contexte, Pivoine n'a bien entendu aucun espoir d'épouser David, elle œuvre donc pour rester au sein de la famille, et va "manigancer" pour que David épouse une Chinoise, et non Leah, la fille du rabbin. Et par la suite, pour se rendre indispensable autant à l'un qu'à l'autre.

Et c'est là que Pivoine prend une toute autre ampleur: car ce roman nous parle tout autant de cette histoire d'amour contrariée que de la question de l'intégration/assimilation "d'étrangers" au sein d'une population locale. La famille Ezra est installée en Chine depuis plusieurs générations, madame Ezra garde très vivante les traditions, et n'a qu'un souhait: être enterrée en Terre sainte. Ezra ne partage pas son obsession, pas plus que David. Eux se sentent bien en Chine, parfaitement insérés: un commerce prospère, des amis... D'autant plus que le père est lui-même métis: fils d'un Juif et de sa concubine chinoise.

Plus de la moitié du roman traite donc de cette question: peut-on, doit-on préserver à tout prix son identité en ne se mêlant pas (par le mariage) aux "autochtones"? Préserver la race pure? La question de la "disparition" du peuple juif par son intégration, son mélange aux Chinois est au centre du roman.

"Ezra réfléchissait: "Disparaîtrons-nous alors?"

David de répondit pas. Comme il l'avait dit lui-même, il est inévitable, lorsqu'un peuple se montre bienveillant et juste envers un autre, que les murs tombent entre eux, et qu'ils fassent partie d'une même humanité. Mais les descendants ne le comprendraient plus, oublieraient même jusqu'au nom d'Ezra; ils seraient aussi perdus qu'une poignée de sable lancée dans le désert ou un verre d'eau dans la mer. David contemplait la longue lignée qui descendrait de ses reins, de ceux de ses fils et des fils de ses fils. Il voyait leurs visages se tourner vers lui, et tous étaient Chinois".

Ce passage est très intéressant, car il pose la question "fatale": pourquoi ne pas se mélanger si l'on est bien accueilli, et en même temps, en se fondant dans la masse, nous perdons-nous? Est-ce si mal de se perdre finalement?

Pivoine est un roman qui a ses défauts. il est souvent daté dans ses formulations, dans certaines évolutions de l'intrigue ou des personnages, dans l'image des relations hommes-femmes (même si Pivoine tout en se soumettant puisque esclave, garde un caractère fort, est instruite, réfléchie et se révèle être le pilier de la maison Ezra, une fois la mère décédée). Mais ces petits défauts ne gâchent en rien la lecture. Et je n'ai pas boudé mon plaisir, loin de là.

Pearl Buck propose un roman très riche, et interroge la relation à la religion (et la propension des Juifs à être un peuple "triste et sombre"), l'identité, le poids du groupe sur l'individu, les rapports Chinois/Juifs, etc. Elle dissèque les tourments des uns et des autres, les enjeux personnels et collectifs. Avec Pivoine, on fait un voyage dans le temps et l'espace, des modes de vie très différents, la si particulière cour impériale par exemple.

Quelques mots sur Pearl Buck: née aux Etats-Unis, elle vécut son enfance en Chine, elle rentre aux Etats-Unis à 19 ans, étudie et repart ensuite en Chine, elle revient définitivement aux Etats-Unis fin des années 30. Son premier roman, Vent d'est vent d'ouest est publié en 1930. Elle reçoit pour son ouvrage suivant, La terre chinoise le prix Pulitzer (première femme lauréate). Elle écrira une oeuvre très riche: romans, pièces de théâtre, poésie, énormément sur la Chine, mais pas seulement. J'ai encore dans ma pal Impératrice de Chine de cet autrice qui reçut le Nobel de littérature en 1938, je pense que je le lirai cette année.

Commenter cet article

L
Je n'ai jamais lu cette romancière, mais c'est un projet depuis fort longtemps. Je ne connaissais pas du tout ce titre.
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C
il faut la découvrir, c'est sûr! Vent d'est, vent d'ouest est une valeur sûre pour commencer.
N
Pivoine est aussi dans ma PAL et il faisait partie de ma sélection pour le challenge. Mais le temps a joué contre moi. Ton billet me donne envie de lui donner sa chance très vite !
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C
bonne lecture alors!
U
J’avais tellement aimé «  Vent ... » beaucoup moins  « l’impératrice de Chine » daté et un pénible à lire car très répétitif... je lirai sûrement celui là grâce à toi
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C
aie, tu me refroidis sur mon enthousiasme pour Impératrice...le côté répétitif, beurk.
G
Oh, tu me le remets avec plaisir en mémoire. Je sens que je vais me précipiter sur ce challenge des classiques.
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M
Je ne connaissais que de nom et ta chronique me donne assurément envie de creuser la question.
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C
c'était vraiment une super lecture, très enrichissante.

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