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Y'a d'la Joie!

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Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Les impatientes - Djaïli Amadou Amal

Publié par Caroline sur 13 Avril 2021, 18:48pm

Catégories : #Ma bibliothèque, #coups de coeur

les impatientes djaïli amadou amal

Avec Les impatientes, de Djaïli Amadou Amal, romancière Camerounaise, nous suivons trois destins de femmes. Ramla, sa soeur Hindou et Safira. Trois femmes qui refusent l'injonction perpétuelle de "munyal!": patience. Trois femmes enfermées, comme tant d'autres dans la tradition et la soumission perpétuelle aux hommes. Un enfer.

Nous les rencontrons le jour du mariage des soeurs Ramla et Hindou 17 ans. Safira, elle, est plus âgée, et elle est la première épouse de l'homme que Ramla épouse. Contre son gré, bien entendu. Car Les impatientes nous conte l'horreur que vivent les femmes dans certaines parties de l'Afrique. Ici, en l'occurrence, nous sommes au coeur d'une société musulmane très traditionnaliste du nord du Cameroun.

Autant vous dire que lire ce roman,  Goncourt des Lycéens 2020, n'est pas de tout repos. Viol, polygamie, violences conjugales etc, rien ne sera épargnée à ces femmes. Et, la lectrice que je suis était effarée, ulcérée, dégoûtée. Bref, en rage la majeure partie du temps. Car ce que montre Djaïli Amadou Amal, c'est comment les femmes ne sont que des objets sexuels, des poules pondeuses, des cuisinières et des bonniches. Tout est leur faute, tout le temps. Elle doivent subir, tête baissée. Se taire et endurer. Encore et toujours.

Ce qui est presque le plus révoltant, c'est comment les femmes elles-mêmes, dans ce contexte de tradition pesante (euphémisme!) et la polygamie, ont intégré, intériorisé cette "doctrine", et la perpétuent. Pire, elles se déchirent, deviennent presque leur pire ennemies. Dans leur lutte sans merci pour le pouvoir au sein de la concession (nom donné à l'habitation commune familiale), les épouses peuvent aller jusqu'au pire. Celle qui obtient le pouvoir, l'autrice nous le montre, en est aussi détruite, quoi qu'elle en pense, que celle qui se retrouve encore plus soumise.

Je n'ai pas été totalement convaincue par le style de Djaïli Amadou Amal. Je l'ai trouvé même assez banal, sauf à la fin de la deuxième partie, celle consacrée à Hindou. Là, son écriture retranscrit parfaitement les sentiments d'Hindou, l'horreur qu'elle subit. Des phrases courtes, pulsées, scandées, qui traduisent l'abjection de ce qu'elle endure...

Pour compléter la lecture de ce roman, je vous conseille d'écouter Djaïli Amadou Amal dans l'émission Une journée particulière. Terriblement émouvant.

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A_girl_from_earth 19/04/2021 19:44

Un peu comme Keisha, et surtout pas du tout envie de lecture d'où je ressortirais révoltée en ce moment.^^ Par contre je rebondis sur une de tes observations car je n'ai jamais compris pourquoi ces femmes opprimées perpétuaient ces traditions dont elles souffraient elles-mêmes. C'est un truc qui me dépasse.

Choup 20/04/2021 09:38

c'est tout le problème de l'intériorisation de ces règles. Quand j'essaie de me mettre à leur place, je me dis: avec un tel point du regard des autres, comment trouver le courage de se révolter? Peut-être aussi, parfois, reproduire ce qu'on a vécu c'est quelque part se venger? je ne sais pas...

Katell BOUALI 18/04/2021 19:19

Merci pour ce partage. Je me suis autorisée à ajouter votre lien à la fin de mon billet de lecture.
Le lien vers l'émission est important: j'en suis encore touchée.

Choup 20/04/2021 09:39

Oui, moi aussi, j'en avais les larmes aux yeux en l'écoutant...on sent tout le traumatisme, toujours "vivant" 30 ans après les faits.

Lilly 15/04/2021 07:31

Sur le même thème j'ai "Une si longue lettre". J'ai prévu de lire celui-ci aussi.

Choup 20/04/2021 09:39

Connais pas ce titre là...

keisha 14/04/2021 08:16

J'ignore si je le lirai, surtout si l'écriture n'a rien de particulier, car j'ai l'impression de connaître un peu ce contexte.

Choup 20/04/2021 09:40

Pas forcément réjouissant en plus donc...

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