Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


On achève bien les gros - Gabrielle Deydier

Publié par Caroline sur 18 Juin 2020, 12:27pm

Catégories : #Petit & grand écran, #coups de coeur

on achève bien les gros documentaire gabrielle deydier arte vidéo grossophobie obésité

Référence au célèbre film On achève bien les chevaux de Sidney Pollack, inspiré d'un roman des années 1930, On achève bien les gros est le témoignage de Gabrielle Deydier, autrice d'On ne naît pas grosse, sur la situation des personnes souffrant d'obésité en France.

Je trouve le titre parfaitement bien choisi, tant la violence de ce que subissent ces personnes est importante. Une violence que l'on ne soupçonne pas si l'on n'est pas obèse. Même si, en tant que femme, on subit les injonctions à la minceur (maigreur) à longueur de journée. J'ai moi-même été persuadée, étant ado et jeune adulte d'être grosse, alors même que je pesais à peine 47 kg (vive la dysmorphophobie!). Combien d'entre nous se sont regardé(e)s avec un certain dégoût, en se disant que tout ce gras devrait dégager?

Gabrielle Deydier est fort bien placée pour parler du sujet, étant elle même grosse. Un terme auquel elle souhaite retirer son impact insultant. Pour elle, être grosse est un fait. Après de nombreuses années de lutte, elle fait la paix avec son corps. Attention, elle ne dit pas qu'elle l'aime, ou qu'elle ne préfèrerait pas avoir des kilos en moins. On n'est pas du tout dans un récit militant au sens "je revendique mon corps, je l'aime comme il est" etc.

Dans On achève bien les gros, Gabrielle Deydier nous raconte l'engrenage terrible qui l'a menée à peser près de 125kg. Elle le décrit avec humour ("je mesure une Kylie Minogue, j'en pèse trois"), avec sensibilité et intelligence. Elle se souvient comment tout a débuté: des parents obsédés par le poids, un médecin qui lui prescrit à 16 ans un régime drastique (objectif moins 20kg, elle en pèse alors 65 pour 1m54) et un traitement hormonal. De là, en 3 mois, alors qu'elle souhaitait perdre quelques kilos avant la rentrée en classe de 1ère, elle se retrouve avec 30 kilos de plus sur la balance et plein de soucis de peau....en à peine 3 mois!

Déscolarisation (le récit de cette année de 1ère est hallucinant de violence, de la part des élèves mais aussi du corps enseignant), désocialisation, Gabrielle Deydier a traversé un longue période très difficile, où la pensée de suicide est présente, où son rapport à la satiété et à la nourriture ont été complètement détruits.

On achève bien les gros nous parle franchement et sans fard de toutes les discriminations que subissent les personnes obèses: 8 fois moins de chance d'obtenir un emploi pour une femme obèse par rapport à une mince, salaire 20% moins élevé à poste et diplôme égaux, harcèlement sur le lieux de travail. Mais aussi invisibilisation dans l'espace public, qui vient de ce qu'il n'est pas pensé pour eux: sièges trop petits dans les avions, les salles de ciné ou de spectacle etc. Et en effet, je me suis fait la réflexion en écoutant son documentaire: je n'ai jamais vu au ciné de personnes obèse.

Mais, avec beaucoup de volonté, des rencontres, et l'écriture, Gabrielle Deydier s'approche de plus en plus d'une forme de sérénité. Même si l'on sent que la douleur n'est jamais loin. Elle est en écriture d'un roman, Metabo, où les gros sont légalement discriminés, pourchassés, et opérés de force si ils ne maigrissent pas. Dans le documentaire, elle en lit des passages, et certaines scènes sont jouées par des acteurs/actrices.

Je m'arrête là, j'ai fait un peu long.

On achève bien les gros est un documentaire poignant, d'une magnifique sincérité, qui révèle une réalité que je n'imaginais pas. A voir sur Arte jusqu'au 16 août.

Commenter cet article

L
Je saute au plafond à chaque fois que j'entends "mais c'est pour sa santé", "il ne faut pas prôner l'obésité" (quand une personne grosse parle d'acceptation de soi) ou autres "c'est une question de volonté". Je suis persuadée que beaucoup de gens ne seraient pas obèses s'ils n'avaient jamais fait de régime. Et aussi qu'une remarque "pour son bien" a surtout pour effet que la personne attrape le premier pot de glace venu. Les pires étant souvent les ancien.ne.s gros.ses sur les réseaux sociaux, qui prennent leur cas pour une généralité.
Bref, moi qui suis un Saint-Bernard, j'ai beau être grossophobe comme toutes les femmes (envers moi-même alors que je suis dans la "norme"), c'est un sujet qui me met hors de moi.
Sur le sujet, je suis intéressée par Roxane Gay, femme, féministe, noire, grosse (tous les défauts du monde donc).
Répondre
C
ah oui, ça le "c'est pour ton bien que je dis ça" semble être une sorte d'autojustification,et un "bon pour dire les trucs horribles sans aucun scrupule ni empathie pour la personne en face!! c'est terrible. Et ça marche sur tous les sujets, j'y ai eu droit plus d'une fois depuis que j'ai un enfant!
merci pour la référence pour Roxane Fray, je vais aller voir ce qu'elle raconte!
A
Merci pour l'info.
Répondre
B
Un témoignage fort et émouvant. J'ai notamment trouvé très intéressante sa réflexion autour de la chirurgie bariatrique.
Répondre
C
Oui, très. C'est un témoignage très complet, qui aborde le problème sous différents angles. Et cette chirurgie est vraiment un sacré truc...
I
Merci d'attirer l'attention sur ce documentaire qui a l'air très intéressant, je note (et le titre, oui, excellent !)
Répondre
C
avec plaisir! vraiment très intéressant, émouvant. je vais pister la publication de son roman, Métabo.
K
J'ai tendance à écrire comme Aifelle, c'est ahurissant son parcours! Face à une personne obèse, savoir qu'il y a eu un parcours...
On y parle aussi de comment trouver des vêtements?
Sinon, si tu n'es pas dans le moule, on te pointe du doigt ou t'ignore (attends d'avoir un certain âge, tu deviens invisible!)
Répondre
C
non, on ne parle pas de vêtement, ni même de mode, ce qui est assez étonnant maintenant que j'y pense.

Nous sommes sociaux !