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Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Hiroshima - John Hersey

Publié par Choupynette de Restin sur 14 Octobre 2015, 18:14pm

Catégories : #Ma bibliothèque

A l'anniversaire du largage de la bombe A sur la ville d'Hiroshima, j'ai visionné ce qui est probablement l'un des seuls documentaires ayant pour point de vue celui des Japonais.

Plus d'une heure trente où l'on nous instruit de manière très intéressante sur ce qui aurait pu être évité. Parmi les personnes ayant écrits sur ce drame et cités dans le documentaire, il y avait l'Américain John Hersey, entré clandestinement sur la zone interdite par les autorités japonaises.

J'ai lu le reportage de 31,000 mots qu'il a écrit et publié dans le magazine américain New Yorker le 31 août 1946. Un document dans lequel on suit 6 personnes ayant survécu: un prête allemand, une couturière veuve, deux docteurs, un pasteur et une jeune ouvrière. A travers leurs histoires, c'est toute l'horreur que nous découvrons.

"Sur les corps dénudés, les brûlures avaient fait des dessins - des bretelles de maillot de corps et des bretelles de pantalons et sur la peau de certaines femmes, le blanc repoussant la chaleur, et les couleurs sombres l'absorbant, les formes des fleurs de leur kimonos étaient comme imprimées".

Mais on découvre aussi quelques facettes parfois déconcertantes de la culture et des comportements typiquement japonais qui peuvent nous paraître ahurissants. Et je ne dis pas cela dans un sens péjoratif. Comme par exemple quand un des personnages que nous suivons s'excuse...d'être moins touché par les brûlures.

 

"[...] dans sa honte, ils se tournait de droite et de gauche et leur disait "pardonnez-moi de ne pas souffrir de brûlures comme vous."

 

De même, pour nous il est étonnant de voir la réaction de la population lorsqu'ils entendent pour la première fois la voix de l'empereur, celui qui les a plongés dans cette guerre:

 

"[...] et quand ils comprirent que que la voix à la radio était celle de l'Empereur, ils fondirent en larmes. 'Quelle magnifique bénédiction que Tenno lui-même s'adresse à nous et que nous entendions sa voix en personne'. Ils étaient complètement satisfaits dans leur grand sacrifice qu'ils avaient consentir".

 

Certains témoignages sont émouvant et déstabilisant. Il y a notamment celui d'un homme et de son fils, ensevelis sous les décombres de leur maison, qui crient Banzaï pour leur Empereur "Je me suis alors senti calme et en paix dans mon coeur quand je chantai Banzaï pour Tenno." Cet homme dit même par la suite "Quelle chance nous avons d'être japonais!".

Bien sûr les sujets d'Hiro Hito étaient déçus d'avoir perdu la guerre, mais peut importe, leur Empereur les enjoignait à suivre la voie de la paix...dans la douleur. Il fallait donc se retrousser les manches et faire ce que disait Tenno.

Destruction, ombres permanentes portées sur les bâtiments, le béton décoloré par le flash de la bombe...autant de détails systématiquement et méticuleusement répertoriés par John Hersey. Il rapporte les chiffres qui sont à peine compréhensible pour nous, dans le sens où l'on a du mal à s'imaginer ce que cela représente: ainsi le mica dont le point de fusion est 900°, avait fondu sur le granite des pierre tombales à près de 400m du point d'impact de la bombe; la surface des tuiles d'argile grise recouvrant les toits des maisons dont le point de fusion est 1300° avait été dissoute à 600m. Les scientifiques de l'époque avaient donc estimé la chaleur à l'impact à ...6000°.

Hersey évoque les symptomes tardifs des radiations: perte des cheveux, maladie du sang etc; mais il évoque aussi comment après des mois la verdure reprend le dessus. "La bombe n'avait pas seulement laissé les organismes présents dans le sous-sol intacts, elle avait stimulé les plantes."

Le journaliste décrit aussi la chappe de plomb qui pesait sur le Japon mais pas seulement, concernant l'information relative à la bombe atomique. Ce reportage fut ainsi interdit par la force américaine d'occupation au Japon. Les scientifiques japonais n'avaient pas le droit de faire des études sur les habitants de la ville. Et toutes celles qui furent menées par les Américains étaient classées secrètes.

Hersey note que les Japonais ne se posaient pas la question de l'éthique de l'utilisation d'une telle arme. Pour eux c'était "Shikata ga nai", ce qui se traduit par "c'est comme ça, on ne peut rien y faire", même si ils gardaient une haine féroce à l'égard des Américains.

Ce reportage, absolument indispensable, est loin de certains récits qui plongent bien plus dans le voyeurisme que le journalisme. Hersey garde la distance nécessaire pour nous montrer l'horreur sans jamais tomber le larmoyant ou le malsain. Il montre sur plusieurs mois autant les destructions que l'esprit des Japonais en tant qu'individus mais aussi en tant que peuple. C'est à lire absolument.

***

 

Hiroshima - John Hersey

Les premières lignes.

"Ce matin-là, avant 6 heures, il faisait si clair et si chaud déjà que la journée s’annonçait caniculaire. Quelques instants plus tard, une sirène retentit : la sonnerie d’une minute annonçait la présence d’avions ennemis, mais elle indiquait aussi, par sa brièveté, aux habitants de Hiroshima qu’il s’agissait d’un faible danger. Car chaque jour, à la même heure, quand l’avion météorologique américain s’approchait de la ville, la sirène retentissait.

Hiroshima avait la forme d’un ventilateur : la cité était construite sur six îles séparées par les sept fleuves de l’estuaire qui se ramifiaient vers l’extérieur à partir de la rivière Ota. Ses quartiers d’habitations et de commerces couvraient plus de six kilomètres carrés au centre du périmètre urbain. C’est là que résidaient les trois quarts des habitants. Divers programmes d’évacuation avaient considérablement réduit sa population. Celle-ci était passée de 380 000 âmes avant la guerre à quelque 245 000 personnes. Les usines et les quartiers résidentiels, ainsi que les faubourgs populaires, se situaient au-delà des limites de la ville. Au sud se trouvaient l’aéroport, les quais et le port sur la mer intérieure saupoudrée d’îles. Un rideau de montagnes fermait l’horizon sur les trois côtés restants du delta.

Le matin était redevenu calme, tranquille. On n’entendait aucun bruit d’avion. Alors, soudain, le ciel fut déchiré par un flash lumineux, jaune et brillant comme dix mille soleils."

Hiroshima - John Hersey

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Alex-Mot-à-Mots 18/10/2015 18:33

Un titre sans chichi.

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