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Y'a d'la Joie!

Y'a d'la Joie!

Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Amazon veut rémunérer les auteurs à la page lue

Publié par Choupynette de Restin sur 24 Juin 2015, 12:34pm

Catégories : #Mon oeil!

Amazon va rétribuer ses auteurs au nombre de pages lues. Effrayant?

Bien entendu, il ne s'agit pas des auteurs publiés par les maisons d'éditions traditionnelles. Non, seulement les auteurs inscrits au service du géant américain Kindle Direct Publishing. Ce service permet d'emprunter et non d'acheter les livres en questions. Le système existe donc, mais il ne concerne pas tous les livres autopubliés et vendus sur Amazon.

Amazon est coutumier du coup de pub pour un service dit "révolutionnaire". Comme par exemple avec la très rapidement annulée livraison par drone. Est-ce ici la même chose? Est-ce à terme un danger pour les auteurs/la littérature?

On aurait tendance à dire, c'est dangereux. On va nous ressortir toujours la même sauce, thriller aux cliffhangers à la fin de chaque chapitre, forcément ultra-court? La littérature sera-t-elle condamnée à être sexy, punchy et tout autre adjectif en -y révéré par les marketeurs fous?

Elitisme vs Commercial

Un livre doit-il donc être uniquement commercial? Quid de l'oeuvre ardue, sur laquelle on se penche avec sérieux, un peu comme un roman de Umberto Eco. Ces livres-ci survivraient-ils à un tel système? Je n'en suis pas sûre. Et pourtant, Le nom de la rose, quelle merveille! Mais n'est-ce pas là l'argument d'une littérature élitiste? Peut-être. Mais fouettez-moi si vous le voulez, j'aime bien l'élitisme, quand il vous tire vers le haut.

Qui plus est, que devient l'auteur, sans avance? (vous me direz, beaucoup, avant d'être publiés vivent cela). Et de l'autre côté, le lecteur paie-t-il aussi au nombre de pages lues?

j'ai lu dans une interview ceci :

"En se référant au cadre d’analyse de la science économique classique, on peut ainsi penser que le lecteur, qui est consommateur d’un bien culturel, risque de se déterminer pour une œuvre qui lui apportera le plus de satisfaction, en utilisant le minimum de temps ou en faisant le moins d’effort possible. [...] Car on peut aussi s’attendre à un effet inverse. On peut miser sur une amélioration générale de la qualité des œuvres produites. Regardons ce qu’il se passe avec les séries télévisées : c’est bien une logique de fidélisation du public qui a poussé les créateurs à prendre des risques, à innover, à s’engager artistiquement, pour faire des séries époustouflantes ces dernières années. Un auteur qui emploiera des recettes trop visibles ou des ficelles trop grosses sera moins lu que celui qui mettra ses tripes et du cœur à l’ouvrage. Ce nouveau modèle peut encourager les auteurs à donner le meilleur d’eux-même et risque à terme, s’il se généralisait, d’écrêter dans les deux sens la production littéraire : les œuvres « grossières » et les œuvres pointues-ennuyeuses s’élimineront d’elles-même. Resteront celles qui sont pointues, dans le sens où elles expriment la plénitude artistique de leurs auteurs."

Interview intéressante, mais l'idée que l'édition sera amenée à se réguler elle-même et prendre des risques pour le meilleur résultat, c'est me rappelle un peu trop ce que disait un certain Adam Smith sur le marché et la min invisible qui le régule... Au final, certains y gagnent beaucoup, alors que d'autres perdent encore plus.

Et le lecteur dans tout ça?

Ayant cet idée en tête que ferons-nous lecteurs/lectrices devant ce genre de livres? Culpabilité d'arrêter la lecture après seulement quelques pages, sachant que l'auteur y perdra donc des revenus? Quid des pages survolées (une page doit être affichée un certain temps pour être comptabilitsée comme lue)? De la lecture dilettante?

Ceci étant dit, je ne suis pas une défenseuse (?) à tout crin de l'éditeur. Combien sont passés à côtés de pépite et on publié des titres d'une qualité plus que médiocre? Voire carrément surévaluée par (c'est l'autre problème) des critiques évoluant en vase clos? Et que dire de la rémunération des auteurs par les maisons d'éditions? Au mximum 10% du prix de vente (pour un best-seller!!!)...

Alors, voilà. Je ne sais trop quoi penser, car les arguments des uns et des auteurs peuvent s'entendre. Et vous, vous en pensez quoi?

Illustration: La liseuse de Marie-Augustin Zwiller.

Commenter cet article

Grominou 07/07/2015 23:03

Moi ce qui me dérange encore plus dans cette histoire, en tant que lectrice, c'est le côté Big Brother de la chose... Amazon va «entrer» dans ma liseuse pour espionner ce que je lis? Juste ça c'est assez pour me faire fuire cette plate-forme!

Choupynette de Restin 08/07/2015 11:03

tout pareil! pour moi Amazon c'est un accessoire dépannage très pratique, mais je limite au maximum essentiellement pour des DVD en import et des livres introuvables en librairie ou parce que j'ai été vraiment trop imprévoyante et suis en retard pour mes cadeaux! mas c'est rare.

Maeve 26/06/2015 18:52

Je pense que c'est juste un essai coup de pub de la part d'Amazon qui ne vivra pas plus que ça.
Quant à l'auto-édition, beaucoup s'autoproclament écrivains mais écrivent de la m*** (en -y parfois). Mais c'est aussi la même chose pour certains trouvant éditeurs. En tout cas, Amazon ne proposera rien de révolutionnairement intéressant, ça c'est sûr. :)

Ex-In Cold Blog 24/06/2015 17:44

Je pense que c'est beaucoup de bruit pour rien, ce nouveau coup marketing d'Amazon. Déjà, comme tu le précises, ne sont concernés que les auteurs autoédités sur la plateforme Kindle Direct Publishing. Et qui plus est, dans le cadre unique des droits d’auteur issus des programmes Kindle Unlimited et du Kindle Owners Lending Library (KOLL). Ça limite déjà grandement les éventuels dégâts parmi les auteurs.
Je suis toujours très circonspect quant à la qualité réelle des textes autoédités. Je reste persuadé que si certains manuscrits ne sont pas publiés par les maisons d’édition, ce n’est pas sans raison. Car, franchement, quel réel chef d’œuvre littéraire a-t-on vu éclore ces dernières années grâce à l’autoédition ? (je ne prétendrai pas pour autant que tout ce qui est publié par les maisons d’édition mérite de l’être. Loin de là.)
Alors oui, il peut arriver que certaines pépites passent entre les mailles des filets des comités de lecture. Mais certainement pas autant que le pseudo-écrivain en mal de publication veut bien se laisser croire.

Le principal danger d’une mesure comme celle-ci serait que l’auteur qui vise la rentabilité maximale finisse par ne privilégier que les genres littéraires les plus porteurs et par adapter son style (livres courts plutôt que pavés, du léger plutôt que de la complexité) et sa narration en fonction d’un schéma préétabli (s’arranger pour introduire à chaque fin de page un élément de suspense incitant à tourner la page, ou à faire en sorte que les paragraphes se terminent opportunément sur la page suivante…).
Primo, un bricoleur qui utiliserait ce type de ficelle n’est pas ce que j’appelle un auteur. Tout écrivaillon n’est pas Balzac*. Quiconque écrit, même bien, n’est pas auteur pour autant. Un auteur a un univers, un style, des idées à défendre… qui ne souffrent pas de telles pratiques.
Secundo, là encore, ne seront concernés que les auteurs autoédités « maison ». Tertio, il faut se souvenir que, malheureusement, ce type de pratique existe déjà depuis longtemps dans l’édition traditionnelle. Il n’y a qu’à ouvrir un Gérard de Villiers ou un Mary Higgins Clarke pour s’en convaincre.

En me relisant avant de poster ce commentaire, je me dis que j’ai peut-être une vision idéalisée de l’auteur, des lecteurs, du marché… Mais, à moins que les éditeurs se mettent à lorgner sur ce type de pratique pour rémunérer leurs poulains, je ne pense pas que cela ait un impact quelconque sur les auteurs traditionnels et la littérature en général.

*Je cite Balzac à dessein, car le feuilletoniste payé à la ligne reconnu comme un écrivain majeur (aux interminables descriptions, et pour cause !) est le contre-exemple chaque fois cité dans la presse.

Choupynette de Restin 24/06/2015 17:57

Bien sûr, ce n'est qu'un tout petit bout d'un secteur particulier. Mais il nous fait nous poser des questions. Quand on ouvre la porte...
Ensuite, quand je pense à pépite non publiée, je pense notamment au livre de Gaelle Nohant qui a beaucoup succès (et c'est mérité) et qui est longtemps resté sans éditeur. Et je suis bien entendue bien consciente qu'il n'y en a pas non plus des tonnes (mais ne peut-on pas un peu exagérer quand on veut avancer ses arguments? ;) )
Pour le reste: oui la pratique existe déjà (Balzac et ses dettes, et beaucoup plus près et incroyablement mauvais: Da Vinci Code!!!)... et cela va des tonnes de bouquins!! Ce qui me gêne le plus c'est le risque que la pratique prenne de plus en plus de place avec les difficultés rencontrées par les maisons d'éditions. Pour moi c'est dans ce sens là que le coup de com d'Amazon pose question. Ca commence souvent par là: une idée qu'on osait pas évoquer tout haut, finie par être formulée et ensuite tout le monde se lâche...
Et je suis ravie de te lire!!! :)

Le Papou 24/06/2015 17:42

Il y a le travail, l'écrivain, et le plaisir, le lecteur. On paie le travail et le plaisir se paie. Dans le temps longtemps, on payait l'écrivain à la ligne ÉCRITE, payer L'écrivain à la ligne LUE va favoriser le marketing intensif, les gros éditeurs et les géantissimes distributeurs.
Le Papou

Choupynette de Restin 24/06/2015 17:57

C'est le risque oui; J'espère que cela n'est qu'un coup de com de plus d'Amazon!

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