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Y'a d'la Joie!

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Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


Heureux qui comme Ulysse - Joachim Du Bellay

Publié par Choupynette de Restin sur 3 Mai 2015, 09:04am

Catégories : #Arts et Lettres

abeille angevine

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Les regrets, XXXI.

et en VO ça donne ceci:

Heureux qui, comme Vlyſſe, a fait un beau uoyage,
Ou comme ceſtuy là qui conquit la toiſon,
Et puis eſt retourné, plein d’uſage et raiſon,
Viure entre ſes parents le reſte de son aage !

Quand reuoiray-ie, helas, de mon petit uillage
Fumer la cheminee, et en quelle ſaiſon,
Reuoiray-ie le clos de ma pauure maiſon,
Qui m’eſt une province, et beaucoup d’auantage ?

Plus me plaiſt le ſeiour qu’ont baſty mes ayeux,
Que des palais Romains le front audacieux:
Plus que le marbre dur me plaiſt l’ardoiſe fine,

Plus mon Loyre Gaulois, que le Tybre Latin,
Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la doulceur Angeuine.

N'est-il pas joli ce poème? Ecrit pas Jojo lors d'un séjour à Rome lors duquel la "doulceur angevine" lui avait bien manqué (les scandales et les intrigues, c'est relou). Il était alors secrétaire et intendant d'un cousin de son père, le cardinal Jean Du Bellay. Mérite du voyage, mais aussi des bonheurs simples, ce poème est plein de nostalgie.

Mais ce que peu savent, c'est qu'il y a une suite...une palinodie (on en apprend tous les jours!!) c'est-à-dire un poème où Du Bellay révoque ce qu'il a écrit plus tôt:

 

Et je pensais aussi ce que pensait Ulysse,
Qu’il n’était rien plus doux que voir encore un jour
Fumer sa cheminée, et après long séjour
Se retrouver au sein de sa terre nourrice.

Je me réjouissais d’être échappé au vice,
Aux Circés d’Italie, aux sirènes d’amour,
Et d’avoir rapporté en France à mon retour
L’honneur que l’on s’acquiert d’un fidèle service.

Las, mais après l’ennui de si longue saison,
Mille soucis mordants je trouve en ma maison,
Qui me rongent le cœur sans espoir d’allégeance.

Adieu donques, Dorat, je suis encor romain,
Si l’arc que les neuf Sœurs te mirent en la main
Tu ne me prête ici, pour faire ma vengeance.

 

Comme quoi! La nostalgie est un prisme qui ne permet pas toujours l'objectivité.

Ecoutez si vous ne la connaissez pas cette jolie chanson de Ridan qui reprend et enrichit le poème de Du Bellay

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 05/05/2015 10:49

J'aime bien la version qu'en a faite cet artiste.

Choupynette de Restin 15/05/2015 13:36

oui! engagée mais toujours poétique.

maggie 03/05/2015 21:30

Je ne connaissais pas cette palinodie : mais où l'a t-il écrite ? j'ai un peu étudié les regrets et j'avais beaucoup aimé sa poésie et sa volonté de faire de la langue française, une langue rivale de la langue latine... Cependant sur cette suite de poème, je ne suis pas étonnée car les regrets est un recueil où il prend la posture des Tristes d'Ovide, la sincérité n'est pas le critère poétique sur lequel repose ce recueil...

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