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Y'a d'la Joie!

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Aventures culturelles en tout genre depuis 2006


La vengeance des guimauves

Publié par Choupynette de Restin sur 21 Février 2011, 20:48pm

Catégories : #Mots

La vengeance des guimauves

Au programme de ce dimanche à l’atelier d’écriture de Skriban, le mariage. A nous de nous glisser dans une cérémonie, dans un de ces protagonistes. Voilà mon texte.

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Cette robe meringue est absolument insupportable. Jenny (ne l’appelez pas Jennifer, c’est tellement français – oui, je sais…moi aussi quand elle m’a dit ça, j’ai eu du mal à comprendre) a eu ce qu’elle voulait : un mariage comme dans les séries américaines, avec demoiselles d’honneur (aka Bibi et les copines) en robe rose pastel avec nœuds-nœuds et moustiquaire intégrée, dentition ultrabrite, bancs d’église croulant sous les décorations et grande musique d’orgue. Passe encore pour la déco et la musique, mais pour les robes, très honnêtement, je pense qu’elle l’a fait exprès. Elle a l’air encore plus mince que nous dans sa belle robe de mariée aux lignes épurées, cheveux blonds (rinçage californien à la dernière mode de série hype made in US) artistiquement relevés. Tout le contraire des choucroutes rances dont nous sommes affublées, et qui amplifient de manière terrifiante mes hanches, qui n’avaient, avouons-le, pas franchement besoin de cela. Lise et Mélanie souffrent en silence avec moi. Il faut dire que si pour ma part, je n’ai rien contre le rose (utilisé avec parcimonie, bien entendu), Lise étant d’un roux flamboyant, elle n’est pas vraiment à son avantage et Mélanie, qui serait plutôt du genre « destroy » dans ses styles vestimentaires était tout bonnement au bord de l’évanouissement quand on lui présenta l’Horreur Guimauvesque il y a quelques mois. Quant à la découpe de la robe, je pense qu’elle la tire d’une série B qui n’a dû être diffusée qu’une fois, sur M6. Avec mes pauvres 155cm, mes fesses plutôt rebondies (quel joli euphémisme, n’est-ce pas ?) je suis une caricature ambulante dans cette satanée robe. Une sorte de boule agrémentée de froufrous. Que les magnifiques escarpins à plateau Manolo Blahnik n’arriveront jamais à rendre élancée.

L’odeur des lys est entêtante, nous prend à la gorge. Mélanie a déjà été victime de plusieurs crises d’éternuement en attendant que Jenny daigne enfin s’avancer sur le tapis rouge (oui, rouge !) qui la mènera à l’autel. Nous avions bien souligné, pendant les préparatifs, que ces fleurs, certes belles, n’étaient pas du goût de tout le monde. Mais Jenny chérie n’a pas cédé. Et nous voilà donc avec l’équivalent de deux Kangoos Interflora de lys éparpillés dans le saint bâtiment. Dont une bonne partie entourant l’autel. A deux mètres à peine de nous. De plus, il fait une chaleur infernale, ce qui n’est pas pour arranger nos affaires. Je sens une goutte de sueur rouler sur ma cuisse. Lise grommelle à ma droite, et tire sur le tissu de la robe. Mais avec un corset, difficile de tirer quoi que ce soit. Mélanie étouffe un enième éternuement. A ce qu’il paraît, quand on s’empêche d’éternuer, on se bousille les neurones. A ce rythme, Mél va finir avec un QI de moins 140. Dommage pour une chercheuse en génétique. J’essaie aussi discrètement et élégamment que possible de regarder l’état de ma robe au niveau des aisselles. Je n’aurais pas dû. Une catastrophe. De belles auréoles s’agrandissent de minutes en minutes. Une boule affublée de falbalas impossibles, de joues rendues écarlates par la chaleur ET dégoulinante de sueur. J’ose à peine imaginer les photos.

Vous vous demandez probablement pourquoi je dis tant de mal de la mariée, tout en étant sa demoiselle d’honneur ? Je comprends. Mais Lise, Mélanie et moi-même faisons ici œuvre de charité. Car oui, malgré tout son argent, cette pauvre Jennifer n’a pour ainsi dire pas d’amies. Du moins aucune qui ait accepté l’Horreur Guimauvesque. Cela dit, si nous avons accepté d’endurer des heures d’essayage, ce n’est pas tout à fait par bonté d’âme. Faut pas pousser non plus. C’est aussi – et surtout – pour goûter aux différents gâteaux proposés par le traiteur ultra haut de gamme from Paris (8ème, bien sûr), et profiter de l’enterrement de vie de jeune fille… à New York en hôtel quatre étoiles.

L’ensemble de l’assistance sursaute : l’organiste s’est lancé dans une interprétation toute personnelle de la marche nuptiale. Fausses notes artistiquement dispersées tout au long de la partition. Je regarde Emmanuel, le marié. Impeccable dans un costume Dior. Bien plus beau qu’elle ne le mérite. Genre brun ténébreux à la fossette adorable et aux muscles d’acier. Et intelligent avec ça. Je les ai présentés. Je l’avais rencontré lors d’une conférence sur la poésie de Sylvia Plath, il avait été d’une érudition étonnante et plein d’humour. Mais je ne suis ni blonde, ni mince. Et croyez bien que je le regrette. J’ai encore beaucoup de mal à comprendre pourquoi il l’épouse. L’argent me direz-vous. Ce à quoi je vous répondrai qu’il en gagne déjà beaucoup. Je suppose qu’il est en fait amoureux du mot « plus » : plus d’argent, en l’occurrence.

Ah ! Voilà la mariée. Plaquons sur nos lèvres collantes de gloss Chanel « Ballerina » (entendez par là « rose bonbon ») un sourire suffisamment envieux pour flatter l’égo de Jenny, mais pas trop. Après la pièce montée à la recette légèrement améliorée, nous pourrons, toutes les trois, sourire avec satisfaction.

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